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Hors de l’exotisme et des stars, point de succès pour les expositions grand public? 9 janvier, 2016

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue muséologie,Collections,Commentaires expositions,expérience expositions,exposition,Groupe du Beaver Hall,Histoire de l'art,musée,Musée des Beaux-Arts de Montréal,Museologie québécoise,opinions exposition,Prudence Heward , ajouter un commentaire

Beaver Hall salle 2

Les musées de Montréal nous offrent régulièrement des expositions qui pourraient se classer dans deux catégories : les « stars de l’art » et « les trésors de ».  Les Montréalais – et les touristes – se précipitent pour voir les célébrités de l’art et du patrimoine mondial précédées par des décennies de marketing artistique et touristique.  Entre ces icônes mondialisées immédiatement compréhensibles – Monet, Picasso, Incas, Warhol et autres – et un art moins accessible ou des œuvres d’artistes nationaux ou locaux, le choix est facile.  Mais à n’exposer que des stars de l’art ou des civilisations auréolées de mystère, on renforce chez le public l’habitude de ne se déplacer que lorsque l’exotisme sous toutes ses formes passe en ville.  Ce faisant, le musée  néglige une dimension importante de sa mission, celle de mettre en valeur sa propre société.  Sans arbre généalogique de notre propre génie humain, il devient plus difficile de construire son identité propre et de créer, ici, un art fort et authentique. Les Européens et les Américains ne se privent pas de le faire, pourquoi pas nous?

Le Musée des Beaux-arts de Montréal, qui fait souvent dans le star system, a heureusement déployé depuis quelques années sa collection d’art québécois et canadien dans plusieurs salles d’un nouveau pavillon. Cette exposition est à la fois instructive, convaincante, attrayante et riche en découvertes même pour un amateur un peu connaissant.  Mais, on le sait, ces expositions en place pour longtemps ne font pas courir les foules. De plus, ils ne donnent qu’un aperçu très sommaire et parfois injuste des artistes représentés. De plus, le budget de promotion va ailleurs, et c’est compréhensible.

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Cette fois, le MBA met en vedette un groupe d’artistes en majorité anglo-canadiens dit du Beaver Hall, présenté sous le titre (malheureusement flou et confondant)  « La couleur du jazz ».  Ce groupe, quoiqu’éphémère, a rassemblé de  grands artistes, dont un grand nombre de femmes artistes. On est loin des audaces modernes d’outre-Atlantique et de sa bohème libérée qui osent casser les moules, mais les artistes qu’on nous présente ont su créer des œuvres fortes et inspirantes. L’exposition, qui structure le parcours selon les thèmes et sujets représentés, est riche en notes biographiques, stylistiques et avec de nombreuses références au contexte social de l’époque.

HewardBeaver Hall 2

La mise en scène est agréable et parvient à éviter la monotonie, malgré une muséographie assez classique qui se permet néanmoins de créer des contrastes d’une salle à l’autre. Le clou de l’exposition est d’ailleurs à mon avis, l’avant-dernière salle, toute peinte en noir, où une succession de portraits – le plus souvent des sujets féminins, devient une véritable fête de couleurs et de formes. Par leur nombre et leur qualité, les tableaux démontrent une grande maîtrise picturale et formelle et un souci de décrire la condition sociale des sujets. 

Beaver Hall salle

J’ai cependant regretté qu’on passe sous silence (à moins que j’aie manqué cette référence) le fait que le monde artistique montréalais de l’époque est très clivé, artistes anglophones et francophones  vivant dans des univers séparés, et sont certainement issus de milieux aux conditions sociales très différentes. Il faut se tourner vers l’exposition permanente pour le savoir, sinon, sur des sites plus spécialisés comme  celui du Musée des Beaux-arts du Canada.

http://cybermuse.gallery.ca/cybermuse/enthusiast/thirties/content_f.jsp?chapter=0  

On y mentionne par exemple que dans le groupe,  seul l’artiste Edwin Holgate parle français et fait le pont entre les deux sociétés. À la fin des années 1939, un autre groupe, majoritairement anglophone mais suivi par des critiques francophones, la Société d’art contemporain, fut formé pour, entre autres,  rapprocher des artistes francophones et anglophones autour d’une autre idée de la modernité.  Ce bel idéal ne survivra pas aux audaces d’un de ces membres, Paul-Émile Borduas, et à son Refus global (et ses collaborateurs), profondément canadien-français (québécois) dans son propos et ses  révolte contre un état de soumission et de domination de son peuple. Sans rien enlever au projet de valorisation de l’exposition et à une certaine image d’unité de l’art canadien qui s’en dégage, cela  aurait certainement permis de mesurer les limites des préoccupations sociales de ces artistes du Montréal bourgeois de l’époque.  Et on peut se consoler ou se désoler de savoir qu’encore aujourd’hui, tout en étant un incubateur culturel extraordinaire, Montréal demeure une société qui dans certaines milieux, demeure clivée culturellement, audelà des apparences. (Voir par exemple sur Arcade Fire http://blogues.lapresse.ca/brunet/2014/08/31/arcade-fire-et-le-montreal-franco/)

 

Beaver nu

Saluons les organisateurs de cette exposition d’avoir réuni enfin un corpus important des œuvres du groupe et de les promouvoir avec des moyens dévolus aux expositions majeures, grâce aux outils de communication et de marketing bien rodés du MBA.  La présence d’une foule nombreuse semble démontrer que ce choix peut être profitable pour un musée ,et, certainement, pour la société dans laquelle il oeuvre!

Séduire et troubler: Altmejd 28 août, 2015

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L’art actuel se déploie de nos jours de multiples manières.  Bien des artistes utilisent des médiums dématérialisés, ou encore se font animateurs culturels et sociaux, s’insérant dans le quotidien de certains groupes ou dans des activités festives et  se fondant ainsi dans l’animation culturelle foisonnante de Montréal.

On peut penser que plusieurs de ces interventions rapprochent le public de l’art et des artistes, qu’ils sont comme des ferments qui feront lever la pâte culturelle et la créativité des populaire. Les espaces urbains publics deviennent ainsi un musée vivant où un certain art s’expose et se démocratise. Pourtant, le musée demeure essentiel comme lieu où le monde, l’histoire et l’art se mettent en scène et offrent des expériences  intenses hors du brouhaha quotidien.

J’aime bien faire des incursions  au Musée d’art contemporain de Montréal, ce grand petit musée national, si bien situé au cœur du Quartier des spectacles. Sa programmation éclectique, comme l’art actuel, et ses expositions plus permanentes valent de s’y plonger malgré les difficultés inhérentes à la communication de l’art contemporain. Mes contacts avec certaines œuvres me laissent souvent perplexe, mais tout ceci agit en nous, creuse la sensibilité, déroute les attentes, même si le souci de certains artistes d’adopter les codes et les symboles mondialisés m’irritent (Altmejd, comme tant d’autres, choisit d’intituler ses œuvres d’un « untitled » anglophone qui se prétend lisible partout, contribuant au laminage du monde). Quel que soit le souci des artistes de porter un message ou provoquer un changement, l’art au musée et l’art de musée, sauf exception, demeure un objet de consommation et de contemplation. Il a bien peu d’impact sur la société et ses enjeux. Mais rien de cela ne doit nous empêcher de s’exposer…aux expositions!

Altmedj miroirs

La Biennale au MAC nous avait entraînés sur les voies bien pavées d’un art conceptuel sans  frontières dont de nombreuses propositions seront probablement un jour considérées comme un pur académisme moderne. Le temps le dira. Cette fois, avec Altmejd, le MAC nous « révèle» un Montréalais devenu une des étoiles montantes de l’art actuel, dont l’ange de la rue Sherbrooke devant un des bâtiments du Musée des beaux-arts est déjà une icône de la ville. Comme toute exposition monographique, celle-ci nous plonge dans l’univers d’un seul artiste, et dans ce cas, un artiste qui aime faire plus grand que nature. L’œuvre devient muséographie et nous enveloppe, surtout dans le dernières salles où des boîtes de plexi ou de verre occupent presque toute la surface et se multiplient par un jeu de miroirs  digne d’un palais de Versailles contemporain! L’effet est saisissant.

 

 

Altmedj 2015 mixAltmedj 2015

D’autres que moi ont commenté l’œuvre et l’exposition. Disons que, comparativement à certains de ses contemporains, Altmejd offre des créations on ne peut plus sensuelles, jouant sur un réalisme anthropomorphiste, sur l’étrangeté, sur les matières organiques et minérales portant un ADN d’êtres monstrueux et fantastiques, créant un monde qui nous rappelle celui du vaisseau spatial où sévit le monstre Alien, cette bête carnassière qui ingère et intègre des partie d’humains qu’elle dévore. Altmedj choisit clairement, de son propre aveu, ce croisement entre le monde immémorial des contes et légendes,du fantastique et du cinéma d’horreur et de la science-fiction.

Altmedj Mac 2015 Mac Altmedj 2015 monstre

Ses compositions monstrueuses et pourtant attirantes ne font pas que nous inquiéter. Elles nous observent, nous décrivent, nous troublent parce que, plus ou moins sciemment, à travers elles, l’artiste nous parle de la vie, de la mort, de cette violence de la nature et des humains qui entraîne la destruction et la décomposition des êtres et des choses. Ce qui, inexorablement, contribue à transformer notre monde.

Jean-François Leclerc

 

 

Histoire, destinée et « happy end » 17 novembre, 2014

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Comme historien, je suis tout à fait familier avec les règles de la discipline et friand d’histoire fouillée, d’hypothèses, d’interprétations. Mais comme amateur d’histoire, dans mes moments de loisirs, j’adore les biographies et les autobiographies. Le récit de l’évolution de mes semblables, célèbres ou anonymes me fait toucher au passé plus que d’autres. Il y a plus : ce genre historique et littéraire ouvre à des questions sur le sens de la vie, le bien et le mal, sur les choix qui déterminent les parcours de vue, les conditions sociales, les caractères, les rencontres et les hasards qui orientent une vie. Lorsque mes émotions et ma sensibilité sont interpelées, l’histoire devient plus qu’une connaissance, elle est un outil pour penser l’existence – celle des peuples et des individus, la questionner et y trouver un sens.

Les vacances déjà lointaines de l’été dernier et un petit séjour dans le Bas-Saint-Laurent m’ont permis d’en faire à nouveau l’expérience. J’étais curieux d’aller visiter le Centre d’interprétation sur le naufrage de l’Empress of Ireland aménagé sur le Site historique de la Pointe-au-Père, à Rimouski.

Le petit centre présente une exposition en deux espaces : le premier présente le récit du naufrage survenu en face de Rimouski sur le fleuve Saint-Laurent, dans une salle multimédia, et le second offre une exposition d’artefacts et d’images suivie de témoignages reconstitués à partir de l’enquête qui suivit le naufrage. Le document audiovisuel qui introduit à l’événement est superbement fait. La projection nous fait entrer dans ce confortable hôtel maritime. Nous vivons avec ses passagers de diverses classes sociales le départ et le début de la traversée, grâce à l’habile animation d’images et de cartes postales d’époque. Comme  le veulent les règles de tous les films catastrophe, le scénario nous fait d’abord connaître les personnages pour qu’on s’y attache, en instillant peu à peu en nous le malaise de les voir insouciants alors nous, spectateurs, connaissons leur triste sort qu’ils ignorent encore. Après nous avoir fait découvrir le navire et accompagner les voyageurs de diverses classes sociales, la projection se termine sur le naufrage de ce grand paquebot. Transpercé par un autre navire une nui brumeuse, il chavire et coule en quelques minutes à peine, avec ses centaines de passagers, laissant peu de chances de s’en sortir à des centaines de passagers. Parmi eux, ces centaines de travailleurs européens qui retournaient en Europe après avoir été mis à pied par la compagnie automobile Ford.

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Une exposition complète la présentation dans un espace attenant. Elle reprend de manière plus détaillée le récit de l’événement et décrit les témoignages des survivants lors de l’enquête qui suivit. Des objets récupérés dans l’épave témoignent de la vie sur le navire. Un animateur vêtu en capitaine donne plus de détails à ceux qui le demandent, avec toute la prestance et l’autorité que lui confèrent son âge et ses connaissances.

En sortant, mes amis et moi-même avons fait le même constat : nous étions déprimés, malheureux et un peux anxieux, un sentiment qui ne nous quitta que bien plus tard dans la journée. Rien de plus normal, me direz-vous. L’histoire offre plus souvent des drames sans issue que des « happy end »! Mais comment expliquer ce malaise persistant? Tentons une explication…muséologique. La présentation audiovisuelle nous avait abandonnés avec l’épave et la fin tragique de passagers qui ne le méritaient pas. Sans coupables bien identifiés, sans information très élaborées sur les suites de ce naufrage et le sort des survivants et des familles des disparus (que l’exposition traitait sommairement), le récit visuellement réussi ne nous offrait pas ce qui aurait apaisé notre trouble :  donner un sens à la catastrophe, donner une issue, réparer un peu la blessure virtuelle que nous venions de vivre. Le destin avait frappé, voilà tout. On nous avait exposé les faits, en historien positiviste, le reste importait peu. Mais voilà, le musée n’est pas historien, il est médiateur, il cherche à éveiller, à faire comprendre. Soucieux de ce que le public peut comprendre et vivre, il doit tenter de maîtriser l’expérience qu’il propose au visiteur et être conscient de ce qu’il provoque chez lui pendant et…après. C’est du moins ce que cette expérience m’a fait vivre. Ce qui manquait à ce récit audiovisuel très réussi et à la muséographie qui l’entourait, c’est un après et un pourquoi.

Les archives photographiques et leur mise en exposition 23 mars, 2014

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Que seraient nos expositions sans l’image, sans le portrait et la photographie qui attestent auprès des visiteurs de la véracité de nos propos dans les musées d’histoire? Même si le texte est fondamental pour révéler le sens de l’exposition, c’est par l’image que le visiteur entre en contact elle. Pourtant, elle demeure bien marginale dans le travail de l’historien, qui s’en sert généralement comme simple illustration. Comment mettre en scène la photographie d’archives pour en faire plus qu’un figurant silencieux ou un acteur soumis dont on contrôlerait la moindre réplique?

Deux expositions du Centre d’histoire nous font réaliser que la force singulière de certaines photographies se révèle encore plus clairement lorsqu’elle est étroitement associée au contexte documentaire et historique qui l’a vu naître. Dans la première exposition, Quartiers disparus, les archives photographiques municipales documentaient une opération de démolition massive de quartiers anciens. Dans chaque photo, un fonctionnaire se postait systématiquement devant la scène avec en main une affiche portant un numéro d’inventaire. La commande était claire : permettre d’évaluer les bâtiments à démolir et non capter les derniers jours de l’histoire de quartiers centenaires. Pourtant, le quotidien des résidants s’inséra involontairement dans les clichés, avec ses enfants enjoués, ces couples et ses familles aux portes et aux fenêtres, ces travailleurs et des retraités dans leurs manufactures et leur résidences, ces restaurateur dans leurs commerces. En regardant ces clichés rassemblés dans une couloir-galerie, le visiteur prenait exactement la place de ce photographe sans état d’âme qui avait capté la scène à quelques semaines d’une opération d’expropriation d’envergure. En plongeant le visiteur dans le corpus photographique initial, ce couloir-galerie forçait le visiteur à aller au-delà de la simple délectation nostalgique. À cinquante ans de distance, il savait lui, ce qui attendait les candides figurants de ces photographies, leur destin d’expropriés. Impossible de ne pas en être troublé.

Dans l’exposition Scandale, des photographies d’indentification judiciaire sont mises en scène dans un parcours très théâtralisé qui raconte l’histoire du Red Light, ce quartier chaud de Montréal, de son âge d’or jusqu’à son déclin dans les années 1960. Sous la lumière crue pour ne pas dire cruelle des flashs, des hommes et des femmes arrêtés probablement en pleine nuit, mis au cachot et mal réveillés nous regardent dans les yeux, certains esquissant un sourire maladroit. Tous portent plus ou moins les marques ou d’une vie difficile accentuées par le contexte de la prise du cliché. Leur anonymat, le cadrage serré de la photo, l’absence forcée de coquetterie, l’impossibilité pour ces personnes de contrôler leur image en replaçant leur coiffure ou en se maquillant, tout dans ces clichés a pour effet de faire ressortir de manière encore plus dramatique leur humaine condition. Isolées, ces photos auraient été réduites à être de simples illustrations des techniques judiciaires et ces personnes confinées à leur rôle de délinquants. Le fait de faire se succéder ces portraits, comme on pourrait les voir dans le fonds d’archives, leur donne une présence troublante. Loin de la mise en scène répétitive et codée des photos de famille et de voyage, ces portraits à vif réussissent ainsi à transcender leur banalité apparente pour devenir des icônes émouvantes d’une époque et d’une classe sociale.

Montréal et ses miroirs 6 octobre, 2013

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Montréal fait partie de ma vie d’historien et de muséologue depuis longtemps, comme de ma vie tout court. Question d’attachement comme citoyen qui a grandi à Saint-Léonard, banlieue de l’île, puis vécu dans Côte-des-Neiges, Rosemont, Villeray et Parc-Extension. Le Centre d’histoire de Montréal en fait son objet d’exposition et de questionnements depuis bientôt trente ans, il est donc difficile de ne pas avoir quelques idées à son sujet!

Pour la plupart des urbains que nous sommes, la ville se vit au quotidien, avec son labeur, ses petits plaisirs, ses désagréments, ses soucis et son potentiel de rencontres, de découvertes et d’expériences. Ce quotidien occupe tant de place qu’il en reste bien peu pour les préoccupations plus globales qui touchent l’avenir de la ville, son identité, ses ambitions. Il est plus simple de l’utiliser comme un simple outil et pester quand la machine cloche – pannes de métro, nid-de-poule, lenteurs administratives…Tout le monde s’entend sur le rôle fondamental d’une municipalité, celui de faire en sorte que la vie sociale et la vie économique trouvent les conditions propres à leur développement. Pendant longtemps, ses activités se sont limitées à une liste relativement courte de services, en bon gestionnaire du quotidien.

Depuis plusieurs décennies, sa mission s’est étendue à d’autres champs de la vie économique, sociale et culturelle. Ceux qui réclament des élus et de l’administration publique une vision du développement de la métropole ne sont pas que des utopistes et des rêveurs, ils voient l’importance des villes dans le destin de leurs nations et du monde. Mais comment développer une vision de sa ville sans une certaine conscience de son identité propre, de son évolution et de son histoire? Il ne s’agit pas ici de chercher les recettes du succès dans le passé, mais de tenter de décoder le code génétique de la ville, ou du moins son caractère, en décelant les traits distincts, les originalités et les innovations parfois inconscientes qu’elle a produites. La métropole du Canada devenue métropole du Québec a toujours  cherché ses références dans les villes les plus cotées auxquelles elle croyait devoir se comparer. Hier, on regardait Londres, Paris ou New-York, récemment Lyon et maintenant, Barcelone. Mais ces miroirs étincelants l’ont peut-être éblouie sans lui révéler ce qu’elle est.

Montréal aurait-elle trouvé son identité en évitant d’en affirmer aucune? Peut-être faudrait-il commencer par l’observer avec un regard d’ethnologue non dénué d’affection. Prenons le temps d’examiner sérieusement l’histoire et l’expérience quotidienne des Montréalais et leur relation avec leur ville, pour en déceler ce qui en fait le caractère unique. Nous pourrons ainsi mieux l’exprimer dans nos aménagements, notre architecture, nos projets urbains et culturels. Elle deviendra elle-même un modèle, sans l’avoir cherché!

Pérou, or, histoire et sang 6 avril, 2013

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Ornement mochica.  Exposition Pérou au MBAM

Ornement mochica présenté dans l'exposition Pérou au MBAM. Photo Joaquin Rubio

 

 

 

 

Le Musée des Beaux-arts présente depuis quelques semaines l’exposition Pérou, royaume du soleil et de la lune. Il nous offre des pièces uniques de diverses collections. On y trouve les attendus ornements d’or et d’argent, certains spectaculaires, dont les représentations font partie de notre culture populaire depuis longtemps (qu’on pense à l’album de Tintin Le Temple du soleil). On aussi peut y admirer des pièces des Mochicas, dont plusieurs représentent des humains, de sensibles portraits qui nous donnent l’impression d’entrer en contact avec ce peuple. Autre attrait de cette riche exposition, des tissus aussi rares que magnifiques, dont certains viennent de la collection du MBA (d’ailleurs, ce musée devrait mettre en valeur sa collection de civilisation, et pourquoi pas, par une exposition d’interprétation permanente sur l’histoire des civilisations. La culture générale de nos concitoyens en serait enrichie). La présentation est honnête, avec un effort de mise en scène dont ne se prive heureusement pas le MBAM depuis quelques années. Il faut seulement regretter quelques insuffisances au niveau de l’éclairage, du support, de la lisibilité et de la disposition des cartels.

Il faut noter un certain décalage entre l’image choisie pour l’affiche vedette – un ornemant éblouissant , qui laisse croire à une exposition sur les civilisation précolombiennes,  et les intentions des concepteurs. Le fil conducteur de l’exposition, que nous découvrons au cours de la visite, est en effet moins l’histoire et les cultures des peuples autochtones d’avant la Conquête espagnole, que celle de la construction identitaire de la nation péruvienne à travers son art national.   L’indianité profonde du Pérou, écrasée par la conquête espagnole, fut récupérée par les penseurs et créateurs nationalistes bolivariens et leurs successeurs au 20e siècle qui voulaient se démarquer de la culture de leur ancienne métropole. Les archéologues jouèrent un rôle majeur dans cette redécouverte. Leur place dans l’exposition est donc importante.  

http://www.mbam.qc.ca/bibliotheque/media/1-perou-communique-de-presse-mbam.pdf

Les salles consacrées aux peuples précolombiens nous convainquent du raffinement de leurs cultures jusqu’à la période de l’Empire inca et sa destruction violente par les Espagnols. Ce moment charnière se raconte pourtant, muséographiquement, dans les deux salles les moins riches de l’exposition. Le choc que fut  l’arrivée des Espagnols est peu développé. Une pauvre reproduction du codex de Garcilaso de la Vega sur un mur, sert à évoquer la spoliation sanglante des nations autochtones par des aventuriers et militaires espagnols, avec l’assentiment de la monarchie espagnole et du clergé. L’autre salle est aménagée pour mettre en valeur  un documentaire projeté sur grand écran et portant sur le pillage des tombes précolombiennes et la destruction du patrimoine. Des dizaines d’objets sont disposés dans la pénombre, sur des étagères évoquant les réserves archéologiques. Bel effort de mise en scène qui, malheureusement, se confond à du décor, alors que les objets quotidiens qu’elle montre témoignent pour la plupart de la vie quotidienne  des populations précolombiennes sans les ors ni le luxe des objets rituels des salles précédentes.

Les autres salles nous présentent l’émergence chez les artistes péruviens d’un intérêt pour les cultures autochtones nationales. Après avoir vu le raffinement et la profondeur spirituelle et humaine de l’art des peuples précolombiens, les œuvres des époques suivantes, celles de la colonie espagnole et de la nation péruvienne, même fabriquées dans les matières les plus précieuses, nous paraissent bien fades, pâle reflet métissé de celles qui précèdent. Comme les textes nous l’indiquent, le génie créatif des premiers peuples doit désormais se camoufler derrière les valeurs, les croyances et les goûts des conquérants.

L’histoire du monde nous a habitué à bien des horreurs, mais ce qui se passa dans les Andes péruviennes et au Mexique fut une tragédie dont les peuples autochtones se relèvent à peine. Notre accès aux trésors de ces civilisations, il faut s’en souvenir, on le doit aux conquérants qui ont transformé leurs biens sacrés et leurs objets usuels en trésors, en or et en argent pour leurs coffres avant que les archéologues ne cherchent à en tirer d’utiles connaissances sur ces civilisations disparues. Comme visiteur intéressé par l’histoire autant que par l’art, j’aurais aimé que cette exposition fasse du choc humain et artistique de la conquête non pas un moments parmi d’autres d’une chronologie nationale, mais l’événement clé, destructeur et refondateur, qui aurait éclairé d’une lumière plus crue notre compréhesion de l’art du Pérou.  Sans vouloir jouer les gérants d’estrade, connaissant trop bien le travail gigantesque que demande une exposition de cette envergure, j’aurais souhaité une exposition instructive qui soit moins classiquement pédagogique et linéaire. L’expérience aurait été à mon avis plus marquante.

Jean-François Leclerc

Les mythes historiques et les musées d’histoire 10 février, 2013

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Les mythes historiques et les musées d'histoire dans Education pupitre1

 

 

 

 

 

Un texte de l’historien Vincent Geloso, dans Le Devoir, nous rappelle que même les historiens reconnus, sur lesquels les musées d’histoire fondent leurs propos, participent parfois à la construction de mythes historiques auxquels il est difficile d’échapper. L’auteur se basant sur les statistiques, met en doute l’idée reçue selon laquelle les Québécois souffraient d’un grand retard en matière d’éducation jusqu’aux années 1960. Il tente de démontrer que la Révolution tranquille, marquée par l’intervention de l’État en éducation, n’aurait pas été le moteur présumé du rattrapage qui aurait suivi.

http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/370477/l-etat-a-t-il-vraiment-fait-progresser-l-education-au-quebec

 

Mythes et réalités à questionner

La période de la Révolution tranquille n’en est pas à sa première remise en question chez les historiens. Depuis assez longtemps, certains ont mise en lumière les continuités, les progrès amorcés bien avant l’élection du gouvernement libéral réformiste de Jean Lesage. J’ai moi-même jadis, à l’occasion d’une recherche sur l’histoire de la Sûreté du Québec commandée par cette organisation (et non publiée pour des motifs qui demeurent obscurs), constaté que les réformes de la police du Québec des années 1960 avaient été amorcées dès les années 1930 par le gouvernement Taschereau, et poussée encore plus loin par l’Union nationale de Maurice Duplessis qui souhaitait doter le Québec d’une gendarmerie nationale sur le modèle européen. Ces réformes furent mises à mal par les revers électoraux des uns et des autres. Ce qui ne les a pas empêchées d’exister. Les élites favorables aux réformes de l’État ayant pris le devant de la scène dans les années 1960 et 1970, les Drapeau, Lévesque, Gérin-Lajoie et autres ont par la suite imprimé fortement dans la conscience collective l’image d’une modernité tout azimut apportée par une génération et ses émules. À ce message subliminal, confirmé en partie par les faits et par l’historiographie, s’ajouta un réel bouleversement religieux, social et culturel occidental dans lequel le Québec fut plongé par-dessus la tête. Pas étonnant que la mémoire collective ait attribué aux uns et aux autres ce qui était aussi le fruit de ces évolutions mondiales.

 

Des collaborations avec moins de candeur

Si le musée d’histoire dispose d’une grande marge de manœuvre dans la construction du récit muséographique, il ne peut soutenir à lui seul, sauf exception, la recherche fondamentale qui lui permettrait de sortir des lieux communs de l’historiographie. Comme le démontre le texte de Geloso, même sur les interprétations historiques qui semblent aller de soi, l’histoire n’a jamais dit son dernier mot. Un autre regard historien, de nouvelles sources, une autre interprétation des mêmes documents pourront rouvrir le débat. Dans le monde des musées de sciences, il va de soi que la science est en constante évolution. C’est moins le cas dans les musées d’histoire. Il est vrai que la dispersion de la recherche historique en histoire nationale et régionale ralentit beaucoup l’élaboration de nouvelles connaissances historiennes sur bien des sujets. De plus, nos expositions permanentes le sont peut-être trop pour suivre l’évolution de la recherche et nos expositions temporaires trop rapidement élaborées pour nous permettre de questionner les acquis.

Pour éviter les pièges de la pensée ou de l’interprétation uniques, les musées d’histoire auraient donc intérêt à chercher ses historiens collaborateurs au-delà du petit nombre d’habitués qui, d’un musée à l’autre, font partie des comités scientifiques de nos expositions. Ils devraient inviter plus souvent les historiens de la relève, auteurs de mémoires de maîtrise ou doctorants, et les historiens d’expérience moins portés sur la diffusion et de ce fait, moins connus. Nous aurions aussi intérêt à associer à nos projets, des spécialistes des sciences humaines qui travaillent sur le passé avec les méthodes et les références autres que celles de l’histoire comme la sociologie, l’anthropologie, les sciences politiques et l’ethnologie. Pour se prémunir des idées reçues en histoire, le musée devrait également se tenir informé des – rares – débats –qui opposent les historiens québécois sur des questions particulières. Ces points sensibles de l’historiographie existent, même s’ils ne sont pas aussi repérables que ceux touchant les grands événements mondiaux examinés par des armées d’historiens du monde entier – guerres mondiales, génocides, crises économiques. Le musée sera ainsi capable de débattre avec moins de candeur, au sein de ses comités scientifiques, des questions d’histoire qu’elle veut exposer.

Jean-François Leclerc

Montréal, une banlieue qui s’ignore? 16 novembre, 2012

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Montréal, une banlieue qui s’ignore? dans Histoire mtl-et-sa-region1-240x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire au musée ne peut être une simple accumulation
de faits ni un récit chronologique neutre ou neutralisé. Outil de connaissance,
outil de compréhension, elle doit aider le visiteur à comprendre et à décoder
par lui-même ce qu’on lui raconte. Ce qui nous manque parfois, comme
muséographes, c’est un point de vue qui nous permettra d’organiser notre propos
muséal en conséquence. Or qui dit point de vue, dit hypothèse de travail,
jamais définitive, mais ouvrant à des questions et à des associations d’idées
inspirantes. Une de ces questions est celle de l’identité de la ville et de ses
particularités : qui sommes nous, qui étions nous et que sommes-nous
devenus. Ville des Amériques fondée par des Français et lieux de rencontre et
de vie de populations venues de partout, Montréal ressemble et se différencie à
la fois de ses sœurs nord-américaines. Mais comment?

Une publication toute récente pourra nous contenter : L’histoire de Montréal et de sa région, des pages essentielles qui affirment mais surtout interrogent notre perception de l’histoire montréalaise à partir des plus récentes recherches. J’ai commencé à la lire…on s’en reparlera dans 1600 pages!

En attendant, une chronique de Jean-Jacques Stréliski dans le journal Le Devoir nous permet  déjà d’identifier quelques traits cette identité montréalaise, dont celui-ci. « Montréal est une ville qui se structure sur un modèle traditionnel et qui s’apparente davantage à un noyau villageois typé, de maisons de villages et de quartiers, dans lequel tout le monde cohabite en harmonie. (…) Mais on peut aussi se poser la question ; le rêve des Montréalais est-il urbain, ou les Montréalais ne sont-ils que des banlieusards en puissance ?».

http://www.ledevoir.com/politique/montreal/363736/questions-d-image-montrealitudes

 

L’histoire de Montréal lui donne raison. Le rêve de la banlieue est en effet  inscrit très profondément dans l’évolution de la ville. En effet, depuis 1880, hors du petit noyau urbain initial (l’actuel
Vieux-Montréal) et de ses faubourgs très denses situés en bas de la rue
Sherbrooke, l’expansion de la ville fut motivée par la fuite des Montréalais vers
de logements plus salubres, de l’espace, de l’air plus pur et de la verdure qui
les feraient sortir de la ville industrialisée. La plupart des actuels
quartiers si identifiés à la montréalité urbaine, du Plateau jusqu’à
Montréal-Nord, furent créés par des promoteurs immobiliers qui, après avoir
acheté de grandes terres agricoles, vendirent aux urbains entassés dans la
basse ville, le rêve de la banlieue. Ces promoteurs créaient ensuite des
municipalités autonomes pour mieux financer les infrastructures, augmentant la valeur de leurs investissements, attirant ainsi encore plus de migrants de la ville, des campagnes et de l’étranger en quête d’un bout de terrain. Endettées, nombre de ces municipalités furent ensuite annexées à la Ville de Montréal.

Sur un territoire désormais urbanisé et densifié à partir de banlieues champêtre
d’une autre époque, les Montréalais d’une grande partie de l’île vivent
désormais en ville.  Cela ne les empêche pas de continuer, comme il y a plus de cent ans, à rechercher et fuir à la fois
l’urbanité, en rêvant d’agriculture urbaine dans leur propre ville ou en
rejoignant les nouvelles banlieues développées sur le même modèle qu’en 1900
mais toujours plus éloignées. Comme dans la ville, dans l’inconscient de chaque
Montréalais, n’y a-t-il pas un côté rue et un côté ruelle ?

Jean-François Leclerc

 

Le musée créateur? 8 août, 2012

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Le musée créateur? dans blogue exposition Lepage-contact2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Écouté une bonne partie de la superbe entrevue de Stéphan Bureau avec Robert Lepage (Canal Savoir, dans la série Contact). De quoi alimenter une réflexion muséale. Muséale, me direz-vous?  Oui. Nos institutions se voient comme professionnelles, compétentes et bien organisées en divers domaines et gardiennes de savoirs et de patrimoines, plus rarement comme des créatrices.

Pourtant, notre travail au 21e siècle si tourné vers la diffusion, se compare à celui des créateurs, particulièrement à ceux qui comme Robert Lepage, jouent avec divers médias pour créer des univers à la fois intimes et universels.Répondant aux questions de Bureau, Lepage évoque les conditions qui stimulent lacréation : un « bon bordel », une certaine désorganisation propice au foisonnement qui favorise les accidents catalyseurs, un contexte qui
provoque les objets, les lieux, les détourne malgré eux de leurs fonctions  originales pour en faire des outils inédits d’évocation. Autre  condition, l’attention et l’écoute patiente du monde, de l’environnement, pour laisser le temps au temps de faire apparaître en nous les mondes qui se cachent derrière les apparences, comme le font les sculpteurs inuit qui, des heures durant, attendent qu’un rayon de soleil ou une ombre révèle sur une pierre, un paysage, un animal, un groupe de chasseurs, que leur talent taillera pour les faire apparaître aux yeux de tous. Il faut aussi accueillir les commentaires des collaborateurs et des spectateurs qui nous amènent plus loin. Il faut enfin considérer la création comme une aventure imprévisible, et non comme démonstration d’une thèse ou un cheminement complètement contrôlé.

Je serais étonné que, dans nos musées, on se soit beaucoup attardés aux facteurs qui favorisent le
processus créatif. La volonté de contrôle l’emporte probablement, plus souvent qu’autrement, sur le laisser faire créatif. La rapidité du processus  d’élaboration des expositions et des autres activités, nous précipite souvent vers des recettes et des idées convenues, au lieu de nous inciter à risquer, à faire des essais. Oser et ne pas avoir peur de se tromper, selon Lepage, c’est ce qui manque actuellement à notre société québécoise. C’est comme cela qu’on construit une œuvre, une manière, une voie nouvelle. La muséologie en a besoin, plus que jamais, avant que le mimétisme et le conformisme ne contamine toutes nos institutions.

Jean-François Leclerc, muséologue

L’histoire comme miroir déformant 1 juillet, 2012

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Une histoire mystifiée

Un best-seller encore d'actualité

 

 

Dans un article de Christian Rioux paru dans le journal Le Devoir, le 14 juin 2012, sous le titre « La Grèce à l’heure des choix. Au pays de
Platon, la raison n’a pas toujours raison », l’écrivain Nikos Dimou jette un regard très critique sur les mythes et demi-vérités historiques qui ont construit l’identité nationale grecque, contribuant au cul-de-sac social et économique actuel. L’auteur du best-seller pourtant ancien « Du malheur d’être Grecs », affirme : « Ce livre a été écrit en réaction au mythe créé par les colonels selon lequel les Grecs étaient une nation supérieure dont la gloire était éternelle, dit Nikos Dimou. Je voulais combattre cette mythologie et dire la vérité sur la Grèce. »

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/352445/la-grece-a-l-heure-des-choix

On sous-estime parfois l’importance du récit historique dans la constitution d’une nation ou d’une groupe, d’autant plus que
l’histoire contemporaine n’est plus en général au service d’une cause ou d’un pouvoir. L’histoire québécoise, et même montréalaise, participent à cette construction identitaire, parfois à leur corps défendant. La conscience historique populaire se forme lentement, à partir de récits anciens, plus ou moins orientés ou structurés, et de fragments piqués ici et là dans les manuels scolaires, la commémoration, le cinéma, les expositions et autres moyens de diffusion. Les historiens peuvent s’en laver les mains lorsqu’ils ne contribuent pas à cette diffusion, mais leurs travaux participent à cette construction, parfois malgré eux. Ils ont donc intérêt à collaborer activement au travail de diffusion, notamment avec les musées d’histoire qui sont des médiateurs professionnels bien ( ?) conscients des enjeux de la communication.

Le récit muséal est un des outils d’élaboration de la mémoire collective. Il est d’autant plus important pour chaque musée d’être conscient des présupposés de l’histoire qu’il transmet, de sa vision du monde, des biais idéologiques qui inconsciemment orientent ses choix. Cette conscience ne doit pas nous paralyser, ni aseptiser notre propos, mais plutôt nous inciter à mettre au clair et à expliciter nos choix historiques en tant que médiateurs.  Cette conscience de nos propres biais doit aussi nous convaincre de donner aux visiteurs les moyens de mettre au défi ce que nous proposons.

La recherche d’une histoire commune est louable et probablement nécessaire pour toute société qui cherche à vivre ensemble. Le « Il était une fois » auquel s’attendent les visiteurs, celui d’une histoire cohérente et en apparence complète, nous ne pouvons y passer outre sans décevoir. Tout en respectant les acquis et lieux communs historiques qui font partie du bagage commun des visiteurs, il faut trouver les moyens d’insérer à ce récit relativement structuré qui donne toutes les apparences de l’unité, des sorties, des coins, des ouvertures, des contradictions et des débats. On évitera ainsi, malgré nous, de rendre aveugles sur leur propre société et ses travers, volontairement ou par omission, ceux pour qui nous faisons office d’experts.

Jean-François Leclerc

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