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Un certain art contemporain : contestataire ou séducteur ? 28 octobre, 2010

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J’aime l’art de notre époque parce qu’il est de notre époque et ouvre nos sens et nos perceptions. Je fréquente le Musée d’art contemporain de Montréal, notamment ces fameux mercredi soir des portes ouvertes qui voient des centaines de jeunes et moins jeunes déambuler dans ses salles.

Mais là où un certain art actuel m’énerve souvent (le blogue est le lieu idéal pour exprimer ce genre d’énervement!), c’est dans sa prétention à contester le monde et ses apparences, à transgresser les codes, à dénoncer, à déstabiliser, à renverser, à douter, à jouer sur les codes, les interroger, à être irrévérencieux et tant d’autre termes qu’on retrouve inévitablement dans les catalogues qui accompagnent de nombreuses œuvres de ce type. La visite des expositions du Musée d’art contemporain autour des prix Sobey a provoqué chez moi le même sentiment. Je ne parle pas en spécialiste que je ne suis pas, ni en connaisseur des démarches artistiques patientes qu’une œuvre ne peut rendre à elle seule, mais en amateur intéressé, ayant quelques notions d’histoire de l’art et parfois éclairé, surtout, en visiteur que l’on invite à découvrir des œuvres, à lire et à voir ce qu’on en dit et qui peut donc dire ce qu’il en perçoit. Expliquons-nous.

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Première constatation : les thèmes à la mode. Il est toujours étonnant de constater que nombre d’artistes, lorsqu’ils épousent des causes, choisissent judicieusement les plus connues, les plus universellement identifiables et donc, les plus susceptibles (comme la langue anglaise) de traverser les continents et d’être comprises par le public et les collectionneurs: colonialisme , impérialisme, libération ou exploitation sexuelle, détournement commercial de la culture, déclin de l’homme et de l’humanité , écologie, violence faite aux minorités, aux femmes, capitalisme sauvage……. C’était le cas de la plupart des œuvres présentées au MACM, du moins s’il faut en croire les descriptifs du catalogue. Étrangement, leurs questionnements à prétention universelle se présentaient dans l’exposition sous des formes très léchées, propres, attrayantes par leurs bricolages audio-visuels inspirés de la créativité mécanique ou interactive des patenteux ou des inventeurs (le piano de Bernatchez, les rétroprojecteurs de Barrow) , dégageant le charme décoratif dont sont capables l’artisan, le décorateur et l’étalagiste (les céramiques classico-manga de Tang, les period room de Tam, les scènes naturalo-rupestres de Fernandes), ou brillant de l’intelligence toute spirituelle et la grande culture du beau parleur (l’arbre à la scie mécanique de BGL, les historiquement artistiques Bourgeois de Calais de Hannah). Luxe, calme et volupté… visuellement sensés nous ouvrir l’esprit et le sens critique. Tout ceci dans un pur écrin muséal qui transforme si souvent les cris artistiques les plus intenses en chuchotements de salon.

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Karen Tam, Adad Hannah, BGL,      http://www.macm.org/fr/expositions/88.html

La contradiction entre le médium et le message m’est apparue on ne peut plus évidente lorsque j’osai toucher une note du piano de l’installation de Bernatchez Goldberg Experience Ghosts Chorus . Ce piano branché à une quincaillerie en inox semblait pourtant attendre que les visiteurs lui impulsent une vibration pour que la machine artistique la transforme aussitôt en une troublante sonorité.

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 http://www.patrickbernatchez.com/project_GEGC.html

Un son sourd sortit effectivement du piano mais aussitôt, un autre plus audible de la bouche de l’agent de sécurité : « Ne touchez pas ! ». Involontairement, l’agent venait de confirmer mon intuition : malgré ce qu’en disait le catalogue, on m’avait invité moins à réfléchir qu’à être passivement séduit.

Jean-François Leclerc

Audio-visuel et objets : une compétition gagnée d’avance ? 27 octobre, 2010

Posté par francolec dans : Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,exposition,Musée de la civilisation,muséologie,Objets,opinions exposition,Riff , ajouter un commentaire

Au retour de la ville de Québec, où j’étais il y a une semaine pour un congrès de la Société des musées québécois. J’ai récolté des observations qui m’ont inspiré quelques réflexions, que je livrerai dans les prochains jours.

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Mais commençons par le thème principal de notre blogue : l’exposition. Le Musée de la civilisation présente depuis quelques mois et jusqu’au 13 mars 2011, l’exposition RIFF. Quand l’Afrique fait vibrer les Amériques, une expérience audio-visuelle intéressante et riche en contenu musical et en objets. Le thème se prête à l’exploration de musiques les plus diverses, des percussions africaines au rock québécois. Une fois les écouteurs bien installés sur les oreilles grâce aux consignes de gentilles bénévoles de Québec, la musique nous amène à travers l’histoire des courants musicaux issus des rythmes et musiques introduites dans les Amériques par les populations déplacées par le commerce des esclaves.

http://www.mcq.org/riff/#/apropos/

J’ai visité l’exposition avec Karen Worcman, fondatrice du Museu da pessoa, de Sao Paulo. Un superbe documentaire projeté sur plusieurs écrans introduit l’exposition. Très bien monté et captivant.  Trop captivant ! En une bonne quinzaine de minutes et plus, tout était nommé, montré, dit, archives visuelles et sonores en abondances pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Un autre espace au look de lounge psychédélique rétro nous servait sur écran des concerts et prestations musicales en quantité. Une fois terminé, nous quittions les confortables espaces de projection à regret, pour continuer la visite. Des grandes vitrines présentaient, avec accompagnement musical, des instruments fétiches ou des reliques vestimentaires de vedettes de divers courants musicaux tels Michael Jackson et Elvis Presley, mais aussi des stars d’ici comme Jerry Boulet. L’impact ? Par comparaison avec les images en mouvement qui précédaient, si captivantes pour tout être humain un peu normal, les objets semblaient morts, vidés de leur sens, ne servant plus qu’à attester l’existence de leurs propriétaires dans le monde matériel. Pour celui qui n’est pas un fan ému de voir des reliques, ces objets bien disposés, sagement et respectueusement disposés, semblaient ne plus avoir rien à nous raconter, rien de plus du moins.

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Pourquoi ? Il y a évidemment l’intérêt mitigé de celui qui écrit pour les objets en soi. Mais néanmoins, comme il en faut plus pour me convaincre, j’aurais aimé que les objets contribuent à mon plaisir autant que le reste. J’ai eu l’impression qu’une fois de plus, dans la mise en scène de l’objet par l’audio-visuel, c’était encore le second qui l’avait emporté sur le premier. Dommage. Existe-il une forme de médiation qui aurait permis de sortir ces objets fétiches, rarement rassemblés, de leur écorce mortifère et de leur rendre la vie et la parole, ou du moins, comme le promettait le musée, de nous faire traverser « temps et culture à travers (ces) divers véhicules » ?  Une captivante et riche exposition qui sur ce plan, laisse croire que ce défi demeure entier.

Jean-François Leclerc

“Gros, très gros” ? L’avenir de la muséologie québécoise 9 octobre, 2010

Posté par francolec dans : blogue exposition,blogue muséologie,Expo 67,Exposition,Exposition d'histoire,muséologie,Museologie québécoise,X3 , ajouter un commentaire

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Un article de La Presse nous signalait mercredi dernier, la création d’un nouveau consortium muséologique sous le nom de X3 formé de grands joueurs de divers milieux créatifs que sont gsmproject, l’Équipe Spectra et la firme de communications Bleublancrouge.

http://www.cyberpresse.ca/arts/arts-visuels/201010/06/01-4329936-x3-veut-redefinir-lexperience-museale.php

Ils ont bien compris que le musée média est en pleine expansion, pour ne pas dire explosion, dans de nombreux continents où une conjugaison historique des moyens et des ambitions convainquent les grands de ce monde que le musée-média, le musée-branding est pour une ville, un état ou un pays une marque de modernité incontournable.

Les Québécois ont apporté à la muséologie mondiale des innovations et une créativité qui ont inspiré la muséologie européenne et mondiale.  Quelques firmes comme GSM en ont été les artisans avant de proposer leur expertise à l’international. Pour elles, l’avenir passe par le développement de marchés comme la Chine notamment où le rattrapage en culture comme dans d’autres domaines est fulgurant.

J’ai souvent regretté que la muséologie québécoise depuis quelques années semble faire du surplace, surtout dans le monde des musées qui mettent en valeur civilisations, sociétés, histoire et patrimoine, et qui par conséquent, doivent présenter une muséographie plus élaborée que les musées d’art et de collections. La qualité est partout présente et pour certaines expositions, l’originalité encore au rendez-vous, mais on doit constater la rareté des créations muséologiques marquantes.  Difficile de réinventer complètement l’exposition (allez voir les photos de certaines expositions d’Expo 67 pour vous en convaincre), mais cette tranquillité serait-elle le signe annonciateur d’un refroidissement de notre monde muséal alors que la planète semble s’éclater ? Tout est relatif, je l’admets, car bien des visiteurs d’ailleurs ne manquent pas d’apprécier notre ingéniosité par comparaison au classicisme qui marque encore nombre d’institutions muséales.  Ce qui ne m’empêche pas de vouloir plus.

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Pavillon des États-Unis à Expo 67

 Que promet la nouvelle compagnie  sur son site ? Elle veut « inciter le plus de gens possible à entrer dans les musées », « des expositions innovatrices ayant un contenu éducatif de haute qualité, un contenu qui sublime l’expérience du musée en faisant la part belle aux nouvelles technologies et à l’interactivité. » Ses valeurs : «le meilleur contenu scientifique et muséologique qui soit », «encourager l’apprentissage, plus particulièrement celui des jeunes », « favoriser la participation du public », «rendre l’expérience mémorable, touchante et divertissante », «créer une identité de marque et une stratégie de marketing d’envergure internationale.» 

  espacemontral.png Un des projets de GSM Project

Pour celui qui ne connaît pas les coulisses du monde muséal, voilà effectivement un engagement qui semble innovateur. Pourtant, au Québec, depuis plus de trente ans, si on tient compte de la petite révolution des centres d’interprétation des années 1970 et 1980, les musées petits et grands partagent tous ces préoccupations à divers degrés : innovation, branding, meilleur contenu qui soit, expérience « mémorable, touchante et divertissante ». Alors, comment  les intentions, la créativité et le travail en ce sens de nombreux musées peut-il produire cet apparent ronron de notre muséologie ? Risquons d’identifier certains facteurs défavorables: hormis quelques institutions nationales,  une majorité des institutions muséales de taille très modeste ; le manque de regard critique sur l’art muséographique, l’absence de spécialistes qui se commettent à commenter non seulement le thème des expositions mais aussi, leurs concepts, leur approche, leur manière de communiquer, en particulier pour les expositions d’histoire et de civilisation, contrairement à ce qui se passe dans tous les autres domaines de la culture, en art contemporain, en musique, en danse etc. ; le chevauchement des missions et des champs thématiques particulièrement à Montréal, un phénomène bon pour le public mais beaucoup moins pour le positionnement des institutions; le peu d’écrits par les muséologues eux-mêmes, universitaires ou praticiens, sur leurs pratiques et leur métier ; un milieu qui tend à être consensuel ; le souhait des gouvernements de plaire au plus grand nombre en évitant de faire des choix structurants, bien que les deniers des contribuables soutiennent de manière importante les dépenses d’immobilisation lors de constructions ou de rénovation de même que le renouvellement des expositions permanentes. L’esprit créatif québécois est bien vivant, notre passé de patenteux étant on ne peut plus propice aux arts et métiers muséologiques qui demandent d’allier chaque jour, imagination et sens pratique. Ce trait culturel est trop profond pour s’éteindre. Pourtant, une donnée évidente et fondamentale demeure : pour rester en tête, pour marquer son époque à l’ère d’internet et du multimédia, du Cirque du soleil et autres méga-attractions, une institution muséale, en tant que créateur contemporain, a absolument besoin d’argent et de ressources humaines compétentes et payées à la hauteur de son apport.

 X3 promet « gros, très gros » dit l’article. Pourtant, la muséologie québécoise depuis des lunes travaille avec des petits budgets, des petites équipes, des petits projets, dans des petites et moyennes institutions. Si l’innovation passe par le gros, le spectaculaire, le multimédia avec sa coûteuse technologie, il est presque certain que le Québec n’y participera pas ou peu. Au mieux, il mimera à postériori les réussites de ses créatifs travaillant à l’étranger au service de la muséologie mondiale. Mais consolons-nous : l’alliance de firmes vedette dans x3, dont deux ne sont pas issues du monde de la muséologie, nous laisse croire que certains ont compris que nous sommes à un tournant. On verra si c’était le bon.  Jean-François Leclerc 

Muséologue 

Montréal et la mode ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels – la signalisation 6 octobre, 2010

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Nouvelle expérience d’exposition dans une galerie marchande.  Le hasard ou la nature du sujet lui-même, ont voulu que cette exposition soit présentée par le Musée du costume et du textile du Québec.  Le « Musée sort ses griffes » joli jeu de mots sur les pièces signées qui exprime aussi, j’imagine, la volonté de ce musée confiné dans une maison historique de Saint-Lambert sur la rive sud de Montréal, de sortir de ses murs et de…ses gonds.

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Le musée hors ses murs, voilà un défi stimulant comme je l’ai mentionné précédemment. L’exposition du Centre Eaton met en évidence par ses excès, peut-être, ce que celle à la place Ville-Marie faisait pas défaut, soit l’importance de se faire remarquer lorsque le lieu d’exposition est un espace surchargé de stimuli commerciaux et de déambulations pressées.  Le moyen?  Une signalisation qui joue non pas sur le dépouillement et le raffinement comme on pourrait s’attendre d’un sujet comme la mode des grands couturiers québécois, mais sur la saturation des signes, des couleurs, des mots.  De la porte aux allées, jusqu’aux colonnes, pas possible de la manquer.  Elle frappe fort, très fort. 

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Elle tapisse l’entrée, couvre une partie du sol, on la foule en montant les escaliers…L’exposition quant à elle prend place dans de belles vitrines, les vêtements sont installés élégamment, cela va de soit pour une exposition sur la mode, et dans certains cas, accompagnés de clips vidéos où les concepteurs de mode parlent de leur métier et de leurs créations. Chic et de bon goût, bien fait. 

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Est-ce que le public s’arrête ?  Lors de mon passage (un peu rapide, je l’avoue, une vingtaine de minutes), j’étais le seul à le faire. Comme tel, je me permettrai donc une opinion toute aussi solitaire en supposant qu’elle peut ressembler à celle d’autres visiteurs. La signalisation de l’exposition était finalement plus exubérante que l’exposition elle-même. Son graphisme multicolore et survolté avait peut-être le défaut de noyer le message de mots et de signes difficiles à décoder dans l’abondance de ceux qui encombrent les galeries marchandes. De plus, il manquait peut-être, comme je l’ai déjà signalé, un atout important pour nous orienter efficacement: une présence bien humaine pour nous accueillir, nous informer.

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 Après avoir franchi les portes du Centre Eaton sur la rue Sainte-Catherine, et avoir suivi pendant quelques mètres la signalisation sur le sol et sur les colonnes, je n’avais pu après quelques minutes trouver le début de l’exposition.  Que devais-je chercher ? Des panneaux ? Des vitrines ? Un lieu où serait concentré le mobilier d’exposition ? Des modules dispersés ? Sur laquelle des trois ou quatre mezzanines ? Perplexe, je revins sur mes pas pour aller au comptoir d’information.  « Madame, pardon, je cherche l’exposition ».  « Quelle exposition », me répondit-elle sans sourire. Je lui montrai la grande bannière qui surplombait sa tête.  « Ha.  Elle est plus loin, un peu partout. ». Sans plus. Mon intérêt pour l’exposition venait de diminuer et ce, malgré toutes les couleurs et tous les signes qui, sur mon chemin, avaient tenté de me convaincre. 

Jean-François Leclerc

Muséologue

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