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Musées et écomusées: des passeurs de lumière 12 janvier, 2011

Posté par francolec dans : Ange Maurin,écomusée,Ecomusée français,La Roudoule,Musée de société , ajouter un commentaire

Les musées évoluent, les musées se transforment. Cela va de soi, on le sait, on ne le perçoit pas toujours car c’est le plus souvent en coulisse que se trame cette évolution qui, dans plusieurs cas, déterminera à moyen ou long terme le sort d’une institution. Créations issues d’un contexte et de besoins particuliers, tous les musées ne pourront passer à travers le temps, malgré la bonne volonté des uns et des autres et l’apparente quiétude du milieu muséal pour celui qui ne le fréquente pas.

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De ceci, en témoigne de manière très concrète et émouvante la publication Transmission, trans-missions. Écomusées et musées de société entre rupture et continuité, éditée par la Fédération des écomusées et des musées de société suite à leur 3 e rencontre professionnelle de 2006. Une délégation de gens d’écomusées français venus nous visiter à l’automne, me l’avait envoyée parmi d’autres écrits. J’en ai à peine commencé la lecture, et déjà je suis touché. De la France, nous connaissons évidemment les grandes institutions phares, les plus médiatisées, les incontournables touristiques. Mais bien peu connaissons-nous les plus petites, nées du travail de villageois, d’ouvriers et d’associations pour préserver la mémoire, le savoir-faire et les patrimoines de localités, d’entreprises et de régions. De ces expériences d’Outre-Atlantique, nous connaissons surtout ce qu’en disent les intellectuels qui ont ou formalisé les concepts. Cette publication nous livre les réflexions franches d’acteurs des musées de société ou écomusées en transition qui ne cachent pas leur malaise et leurs angoisses, vingt ou trente ans après avoir été fondés, alors que leurs fondateurs et les bénévoles qui les soutenaient se retirent, disparaissent, ou que leur mission ne semble plus en phase avec leur temps.

 

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La maison de l’écomusée à Puget-Rostang. Voir http://www.roudoule.fr/

Il faut lire l’émouvant et pertinent témoignage d’Ange Maurin, président-fondateur de l’écomusée de la Roudoule dans les années 1960. Cet artisan né dans ce minuscule village montagnard en déclin du sud de la France, voulut le sauver de la disparition en fondant un écomusée soutenu notamment par des non résidants. L’écomusée fut un catalyseur, mobilisant plusieurs communes et stimulant une prise en mains locale. M. Maurin termine sa présentation bien sentie par des questions et un rêve : « Je me dis que les interrogations sont peut-être dues à mon âge ou à la nouvelle révolution qui est en marche, comparable pour moi – puissance 10 ou 100 – à l’arrivée du machinisme en 1848. Mais je reste optimiste car je crois que l’homme a la capacité, au bord du gouffre, de trouver toujours une solution de rechange. Mais la casse n’est pas prise en compte, car l’humanité est une, par l’individu. Or aujourd’hui, nous sommes surtout dans une civilisation d’individus. Passeurs de lumière, notre rôle demain ne serait-il pas, dans ce magnifique désert de notre zone de montagne, d’en faire une terre d’utopie où des hommes debout marcheraient, interrogeant passé et avenir, et du frottement et de la pureté de leurs intentions jailliraient des étincelles de lumière ? (…) car les écomusées comme les musées n’ont de sens que s’ils sont au service des hommes pour les aider à grandir, à comprendre pour agir. »

 

C’est peut-être ce qui est le plus beau dans le mouvement de la muséologie sociale et des écomusées avec leurs incertitudes, leur réussites et leurs rêves déçus, leurs difficultés, d’oser proposer une vision autre, une utopie pour mobiliser et changer, un tout petit peu, le monde, dans l’univers techniciste à la recherche d’efficacité et de performance de plusieurs musées actuels. C’est ce que je dis souvent à Pierre Mayrand, écomuséologue québécois pionnier, reconnu par le prix Carrière de la Société des musées québécois en 2010 : tu es une sorte de poète de la muséologie, tu oses parler un autre langage, plus imagé, plus prophétique même, plus déroutant, que celui de l’heure. Efficace ? Pas toujours. Enraciné ? Dans l’expérience d’une vie. Inspirant ? Oui, comme on aspire un grand coup d’air salin sur le bord de la mer, pour retrouver son courage et son goût de rêver. Laissons parler M. Maurin, d’une manière qui peut paraître à la limite d’une lapalissade, et pourtant combien juste : « l’utopie, c’est quelque chose de réalisable qui n’a pas encore été réalisé, alors, allons-y ! ». Oui, allons-y !

 

Jean-François Leclerc

Muséologue

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