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Les archives photographiques et leur mise en exposition 23 mars, 2014

Posté par francolec dans : Centre d'histoire de Montréal,expérience expositions,exposition,Exposition d'histoire,Photographie , trackback

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Que seraient nos expositions sans l’image, sans le portrait et la photographie qui attestent auprès des visiteurs de la véracité de nos propos dans les musées d’histoire? Même si le texte est fondamental pour révéler le sens de l’exposition, c’est par l’image que le visiteur entre en contact elle. Pourtant, elle demeure bien marginale dans le travail de l’historien, qui s’en sert généralement comme simple illustration. Comment mettre en scène la photographie d’archives pour en faire plus qu’un figurant silencieux ou un acteur soumis dont on contrôlerait la moindre réplique?

Deux expositions du Centre d’histoire nous font réaliser que la force singulière de certaines photographies se révèle encore plus clairement lorsqu’elle est étroitement associée au contexte documentaire et historique qui l’a vu naître. Dans la première exposition, Quartiers disparus, les archives photographiques municipales documentaient une opération de démolition massive de quartiers anciens. Dans chaque photo, un fonctionnaire se postait systématiquement devant la scène avec en main une affiche portant un numéro d’inventaire. La commande était claire : permettre d’évaluer les bâtiments à démolir et non capter les derniers jours de l’histoire de quartiers centenaires. Pourtant, le quotidien des résidants s’inséra involontairement dans les clichés, avec ses enfants enjoués, ces couples et ses familles aux portes et aux fenêtres, ces travailleurs et des retraités dans leurs manufactures et leur résidences, ces restaurateur dans leurs commerces. En regardant ces clichés rassemblés dans une couloir-galerie, le visiteur prenait exactement la place de ce photographe sans état d’âme qui avait capté la scène à quelques semaines d’une opération d’expropriation d’envergure. En plongeant le visiteur dans le corpus photographique initial, ce couloir-galerie forçait le visiteur à aller au-delà de la simple délectation nostalgique. À cinquante ans de distance, il savait lui, ce qui attendait les candides figurants de ces photographies, leur destin d’expropriés. Impossible de ne pas en être troublé.

Dans l’exposition Scandale, des photographies d’indentification judiciaire sont mises en scène dans un parcours très théâtralisé qui raconte l’histoire du Red Light, ce quartier chaud de Montréal, de son âge d’or jusqu’à son déclin dans les années 1960. Sous la lumière crue pour ne pas dire cruelle des flashs, des hommes et des femmes arrêtés probablement en pleine nuit, mis au cachot et mal réveillés nous regardent dans les yeux, certains esquissant un sourire maladroit. Tous portent plus ou moins les marques ou d’une vie difficile accentuées par le contexte de la prise du cliché. Leur anonymat, le cadrage serré de la photo, l’absence forcée de coquetterie, l’impossibilité pour ces personnes de contrôler leur image en replaçant leur coiffure ou en se maquillant, tout dans ces clichés a pour effet de faire ressortir de manière encore plus dramatique leur humaine condition. Isolées, ces photos auraient été réduites à être de simples illustrations des techniques judiciaires et ces personnes confinées à leur rôle de délinquants. Le fait de faire se succéder ces portraits, comme on pourrait les voir dans le fonds d’archives, leur donne une présence troublante. Loin de la mise en scène répétitive et codée des photos de famille et de voyage, ces portraits à vif réussissent ainsi à transcender leur banalité apparente pour devenir des icônes émouvantes d’une époque et d’une classe sociale.

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