navigation

Aqua au Musée de la civilisation de Québec ou l’auteur masqué 21 novembre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Aqua,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,Multimédia,Musée de la civilisation,muséologie,One Drop , ajouter un commentaire

Le musée élabore par ses expositions et ses activités sa propre vision de notre monde. Il fait des choix thématiques, esthétiques et éditoriaux en tenant compte des contraintes matérielles qui ont aussi un impact sur son propos. D’une exposition à l’autre, il écrit un récit, le sien, et celui de la collectivité qu’il dessert, comme tout créateur, cinéaste, metteur en scène média. Mais rarement signe-t-il ouvertement ses créations ou du moins, expose-t-il ses valeurs et ses partis-pris. Candidement, il laisse croire que, par son entremise, le visiteur aura un accès direct et non médiatisé à la connaissance. Or la réalité est plus complexe et subtile.

 aquabannerfr.jpg

Source:  http://www.onedrop.org/fr/projects/projects-overview/AquaNorthProject/Aqua/Touring.aspx

Il y a quelque jours, au Musée de la civilisation de Québec, j’ai assisté au spectacle  AQUA : un voyage au cœur de l’eau dont « les projections à 360 degrés, la musique, les effets visuels et les installations d’eau – l’eau est entièrement recyclée – les transportent dans une aventure où ils sont à la fois acteurs et spectateurs », comme le mentionne le site du musée. Même si le sujet ne m’attirait pas particulièrement (que peut-on encore apprendre sur l’eau après 40 ans de combats écologiques), je serais un visiteur curieux disposé à être émerveillé et touché.

 aqua.jpg

 Source: http://www.carrefourdequebec.com

Le spectacle qu’on promettait immersif l’était effectivement, mais modestement en terme d’expérience et de technique. L’interactivité se résumait à porter une goutte de plastique lumineuse qui s’allumait ou s’éteignait au gré du récit (une bonne idée mais la goutte devenait un peu encombrante et inutile une fois le spectacle commencé). À un moment, la guide nous invitait aussi à glisser nos mains sur l’écran 360 degrés pour créer des vagues virtuelles (me reste un doute sur l’effet réel de nos agitations, puisque l’animation semblait déjà bien programmée). Un faux puits placé au centre de la salle laissait couler de l’eau, bien réelle celle-là, au rythme de la projection. Une narration bilingue, quelques titres, mots-clés et statistiques évoquaient l’accès de plus en plus difficile à l’eau dans bien des coins de la planète. 

 aqua2.jpg

Source: http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/May2009/13/c3577.html

Au cœur de l’espace circulaire, nous étions plongés, c’est le cas de la dire, dans une succession d’images numériques d’eau en mouvement – au-dessus, en-dessous, dans les profondeurs, eau placide, troublée, agitée… Cette eau virtuelle était si pure, si bleue qu’on n’y trouvait pas trace des impuretés organiques de nos eaux trop terrestres. Cette image idéalisée se muait parfois en cloaque gris et brunâtre, tout aussi univoque, pour dramatiser les mises en garde sur la rareté de la ressource. Des silhouettes d’enfants s’évanouissaient les unes après les autres dans un nuage de fumée, illustrant l’impact dramatique de la pollution humaine et industrielle sur la mortalité infantile. 

Au cours du spectacle d’environ 20 minutes, je fus effectivement immergé, comme l’annonçait le musée, dans un sentiment de…vide! Cette production léchée aux messages convenus avait toute l’allure d’une publicité humanitaire.  Elle tranchait avec le souci habituel du musée de la civilisation d’expliquer, de débattre et de comprendre. Mon malaise n’était pas seulement une question d’humeur du jour. Le discret panneau de crédits le confirma : le spectacle était une production de la Fondation One Drop de Guy Laliberté, du Cirque du Soleil. Ce spectacle numérique présentait le même caractère universel, poétiquement apolitique, léché visuellement et neutralisé que l’esthétique du célèbre cirque. La Fondation One Drop avait assumé pleinement son message et sa manière de le transmettre. J’aurais aimé que le Musée l’annonce de manière plus…limpide.

Jean-François Leclerc

Muséologue

Un certain art contemporain : contestataire ou séducteur ? 28 octobre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,expérience expositions,Musée d'art contemporain,Prix Sobey , ajouter un commentaire

J’aime l’art de notre époque parce qu’il est de notre époque et ouvre nos sens et nos perceptions. Je fréquente le Musée d’art contemporain de Montréal, notamment ces fameux mercredi soir des portes ouvertes qui voient des centaines de jeunes et moins jeunes déambuler dans ses salles.

Mais là où un certain art actuel m’énerve souvent (le blogue est le lieu idéal pour exprimer ce genre d’énervement!), c’est dans sa prétention à contester le monde et ses apparences, à transgresser les codes, à dénoncer, à déstabiliser, à renverser, à douter, à jouer sur les codes, les interroger, à être irrévérencieux et tant d’autre termes qu’on retrouve inévitablement dans les catalogues qui accompagnent de nombreuses œuvres de ce type. La visite des expositions du Musée d’art contemporain autour des prix Sobey a provoqué chez moi le même sentiment. Je ne parle pas en spécialiste que je ne suis pas, ni en connaisseur des démarches artistiques patientes qu’une œuvre ne peut rendre à elle seule, mais en amateur intéressé, ayant quelques notions d’histoire de l’art et parfois éclairé, surtout, en visiteur que l’on invite à découvrir des œuvres, à lire et à voir ce qu’on en dit et qui peut donc dire ce qu’il en perçoit. Expliquons-nous.

sobey.jpg 

Première constatation : les thèmes à la mode. Il est toujours étonnant de constater que nombre d’artistes, lorsqu’ils épousent des causes, choisissent judicieusement les plus connues, les plus universellement identifiables et donc, les plus susceptibles (comme la langue anglaise) de traverser les continents et d’être comprises par le public et les collectionneurs: colonialisme , impérialisme, libération ou exploitation sexuelle, détournement commercial de la culture, déclin de l’homme et de l’humanité , écologie, violence faite aux minorités, aux femmes, capitalisme sauvage……. C’était le cas de la plupart des œuvres présentées au MACM, du moins s’il faut en croire les descriptifs du catalogue. Étrangement, leurs questionnements à prétention universelle se présentaient dans l’exposition sous des formes très léchées, propres, attrayantes par leurs bricolages audio-visuels inspirés de la créativité mécanique ou interactive des patenteux ou des inventeurs (le piano de Bernatchez, les rétroprojecteurs de Barrow) , dégageant le charme décoratif dont sont capables l’artisan, le décorateur et l’étalagiste (les céramiques classico-manga de Tang, les period room de Tam, les scènes naturalo-rupestres de Fernandes), ou brillant de l’intelligence toute spirituelle et la grande culture du beau parleur (l’arbre à la scie mécanique de BGL, les historiquement artistiques Bourgeois de Calais de Hannah). Luxe, calme et volupté… visuellement sensés nous ouvrir l’esprit et le sens critique. Tout ceci dans un pur écrin muséal qui transforme si souvent les cris artistiques les plus intenses en chuchotements de salon.

 mactam.jpg expotamhannahbgl.jpg macbgl.jpg

Karen Tam, Adad Hannah, BGL,      http://www.macm.org/fr/expositions/88.html

La contradiction entre le médium et le message m’est apparue on ne peut plus évidente lorsque j’osai toucher une note du piano de l’installation de Bernatchez Goldberg Experience Ghosts Chorus . Ce piano branché à une quincaillerie en inox semblait pourtant attendre que les visiteurs lui impulsent une vibration pour que la machine artistique la transforme aussitôt en une troublante sonorité.

 bernatchez.jpg

 http://www.patrickbernatchez.com/project_GEGC.html

Un son sourd sortit effectivement du piano mais aussitôt, un autre plus audible de la bouche de l’agent de sécurité : « Ne touchez pas ! ». Involontairement, l’agent venait de confirmer mon intuition : malgré ce qu’en disait le catalogue, on m’avait invité moins à réfléchir qu’à être passivement séduit.

Jean-François Leclerc

Audio-visuel et objets : une compétition gagnée d’avance ? 27 octobre, 2010

Posté par francolec dans : Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,exposition,Musée de la civilisation,muséologie,Objets,opinions exposition,Riff , ajouter un commentaire

Au retour de la ville de Québec, où j’étais il y a une semaine pour un congrès de la Société des musées québécois. J’ai récolté des observations qui m’ont inspiré quelques réflexions, que je livrerai dans les prochains jours.

 dscn8288.jpg

Mais commençons par le thème principal de notre blogue : l’exposition. Le Musée de la civilisation présente depuis quelques mois et jusqu’au 13 mars 2011, l’exposition RIFF. Quand l’Afrique fait vibrer les Amériques, une expérience audio-visuelle intéressante et riche en contenu musical et en objets. Le thème se prête à l’exploration de musiques les plus diverses, des percussions africaines au rock québécois. Une fois les écouteurs bien installés sur les oreilles grâce aux consignes de gentilles bénévoles de Québec, la musique nous amène à travers l’histoire des courants musicaux issus des rythmes et musiques introduites dans les Amériques par les populations déplacées par le commerce des esclaves.

http://www.mcq.org/riff/#/apropos/

J’ai visité l’exposition avec Karen Worcman, fondatrice du Museu da pessoa, de Sao Paulo. Un superbe documentaire projeté sur plusieurs écrans introduit l’exposition. Très bien monté et captivant.  Trop captivant ! En une bonne quinzaine de minutes et plus, tout était nommé, montré, dit, archives visuelles et sonores en abondances pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Un autre espace au look de lounge psychédélique rétro nous servait sur écran des concerts et prestations musicales en quantité. Une fois terminé, nous quittions les confortables espaces de projection à regret, pour continuer la visite. Des grandes vitrines présentaient, avec accompagnement musical, des instruments fétiches ou des reliques vestimentaires de vedettes de divers courants musicaux tels Michael Jackson et Elvis Presley, mais aussi des stars d’ici comme Jerry Boulet. L’impact ? Par comparaison avec les images en mouvement qui précédaient, si captivantes pour tout être humain un peu normal, les objets semblaient morts, vidés de leur sens, ne servant plus qu’à attester l’existence de leurs propriétaires dans le monde matériel. Pour celui qui n’est pas un fan ému de voir des reliques, ces objets bien disposés, sagement et respectueusement disposés, semblaient ne plus avoir rien à nous raconter, rien de plus du moins.

 riff1.jpg

Pourquoi ? Il y a évidemment l’intérêt mitigé de celui qui écrit pour les objets en soi. Mais néanmoins, comme il en faut plus pour me convaincre, j’aurais aimé que les objets contribuent à mon plaisir autant que le reste. J’ai eu l’impression qu’une fois de plus, dans la mise en scène de l’objet par l’audio-visuel, c’était encore le second qui l’avait emporté sur le premier. Dommage. Existe-il une forme de médiation qui aurait permis de sortir ces objets fétiches, rarement rassemblés, de leur écorce mortifère et de leur rendre la vie et la parole, ou du moins, comme le promettait le musée, de nous faire traverser « temps et culture à travers (ces) divers véhicules » ?  Une captivante et riche exposition qui sur ce plan, laisse croire que ce défi demeure entier.

Jean-François Leclerc

“Gros, très gros” ? L’avenir de la muséologie québécoise 9 octobre, 2010

Posté par francolec dans : blogue exposition,blogue muséologie,Expo 67,Exposition,Exposition d'histoire,muséologie,Museologie québécoise,X3 , ajouter un commentaire

 logox3prod.gif

Un article de La Presse nous signalait mercredi dernier, la création d’un nouveau consortium muséologique sous le nom de X3 formé de grands joueurs de divers milieux créatifs que sont gsmproject, l’Équipe Spectra et la firme de communications Bleublancrouge.

http://www.cyberpresse.ca/arts/arts-visuels/201010/06/01-4329936-x3-veut-redefinir-lexperience-museale.php

Ils ont bien compris que le musée média est en pleine expansion, pour ne pas dire explosion, dans de nombreux continents où une conjugaison historique des moyens et des ambitions convainquent les grands de ce monde que le musée-média, le musée-branding est pour une ville, un état ou un pays une marque de modernité incontournable.

Les Québécois ont apporté à la muséologie mondiale des innovations et une créativité qui ont inspiré la muséologie européenne et mondiale.  Quelques firmes comme GSM en ont été les artisans avant de proposer leur expertise à l’international. Pour elles, l’avenir passe par le développement de marchés comme la Chine notamment où le rattrapage en culture comme dans d’autres domaines est fulgurant.

J’ai souvent regretté que la muséologie québécoise depuis quelques années semble faire du surplace, surtout dans le monde des musées qui mettent en valeur civilisations, sociétés, histoire et patrimoine, et qui par conséquent, doivent présenter une muséographie plus élaborée que les musées d’art et de collections. La qualité est partout présente et pour certaines expositions, l’originalité encore au rendez-vous, mais on doit constater la rareté des créations muséologiques marquantes.  Difficile de réinventer complètement l’exposition (allez voir les photos de certaines expositions d’Expo 67 pour vous en convaincre), mais cette tranquillité serait-elle le signe annonciateur d’un refroidissement de notre monde muséal alors que la planète semble s’éclater ? Tout est relatif, je l’admets, car bien des visiteurs d’ailleurs ne manquent pas d’apprécier notre ingéniosité par comparaison au classicisme qui marque encore nombre d’institutions muséales.  Ce qui ne m’empêche pas de vouloir plus.

 pavillondestatsunis1967.jpg

Pavillon des États-Unis à Expo 67

 Que promet la nouvelle compagnie  sur son site ? Elle veut « inciter le plus de gens possible à entrer dans les musées », « des expositions innovatrices ayant un contenu éducatif de haute qualité, un contenu qui sublime l’expérience du musée en faisant la part belle aux nouvelles technologies et à l’interactivité. » Ses valeurs : «le meilleur contenu scientifique et muséologique qui soit », «encourager l’apprentissage, plus particulièrement celui des jeunes », « favoriser la participation du public », «rendre l’expérience mémorable, touchante et divertissante », «créer une identité de marque et une stratégie de marketing d’envergure internationale.» 

  espacemontral.png Un des projets de GSM Project

Pour celui qui ne connaît pas les coulisses du monde muséal, voilà effectivement un engagement qui semble innovateur. Pourtant, au Québec, depuis plus de trente ans, si on tient compte de la petite révolution des centres d’interprétation des années 1970 et 1980, les musées petits et grands partagent tous ces préoccupations à divers degrés : innovation, branding, meilleur contenu qui soit, expérience « mémorable, touchante et divertissante ». Alors, comment  les intentions, la créativité et le travail en ce sens de nombreux musées peut-il produire cet apparent ronron de notre muséologie ? Risquons d’identifier certains facteurs défavorables: hormis quelques institutions nationales,  une majorité des institutions muséales de taille très modeste ; le manque de regard critique sur l’art muséographique, l’absence de spécialistes qui se commettent à commenter non seulement le thème des expositions mais aussi, leurs concepts, leur approche, leur manière de communiquer, en particulier pour les expositions d’histoire et de civilisation, contrairement à ce qui se passe dans tous les autres domaines de la culture, en art contemporain, en musique, en danse etc. ; le chevauchement des missions et des champs thématiques particulièrement à Montréal, un phénomène bon pour le public mais beaucoup moins pour le positionnement des institutions; le peu d’écrits par les muséologues eux-mêmes, universitaires ou praticiens, sur leurs pratiques et leur métier ; un milieu qui tend à être consensuel ; le souhait des gouvernements de plaire au plus grand nombre en évitant de faire des choix structurants, bien que les deniers des contribuables soutiennent de manière importante les dépenses d’immobilisation lors de constructions ou de rénovation de même que le renouvellement des expositions permanentes. L’esprit créatif québécois est bien vivant, notre passé de patenteux étant on ne peut plus propice aux arts et métiers muséologiques qui demandent d’allier chaque jour, imagination et sens pratique. Ce trait culturel est trop profond pour s’éteindre. Pourtant, une donnée évidente et fondamentale demeure : pour rester en tête, pour marquer son époque à l’ère d’internet et du multimédia, du Cirque du soleil et autres méga-attractions, une institution muséale, en tant que créateur contemporain, a absolument besoin d’argent et de ressources humaines compétentes et payées à la hauteur de son apport.

 X3 promet « gros, très gros » dit l’article. Pourtant, la muséologie québécoise depuis des lunes travaille avec des petits budgets, des petites équipes, des petits projets, dans des petites et moyennes institutions. Si l’innovation passe par le gros, le spectaculaire, le multimédia avec sa coûteuse technologie, il est presque certain que le Québec n’y participera pas ou peu. Au mieux, il mimera à postériori les réussites de ses créatifs travaillant à l’étranger au service de la muséologie mondiale. Mais consolons-nous : l’alliance de firmes vedette dans x3, dont deux ne sont pas issues du monde de la muséologie, nous laisse croire que certains ont compris que nous sommes à un tournant. On verra si c’était le bon.  Jean-François Leclerc 

Muséologue 

Montréal et la mode ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels – la signalisation 6 octobre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'exposition Eaton,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,Histoire de la mode,Mode,musée,Musée du costume,muséologie,opinions exposition , 1 commentaire

Nouvelle expérience d’exposition dans une galerie marchande.  Le hasard ou la nature du sujet lui-même, ont voulu que cette exposition soit présentée par le Musée du costume et du textile du Québec.  Le « Musée sort ses griffes » joli jeu de mots sur les pièces signées qui exprime aussi, j’imagine, la volonté de ce musée confiné dans une maison historique de Saint-Lambert sur la rive sud de Montréal, de sortir de ses murs et de…ses gonds.

 expomodeeaton22.jpg expomodeeaton212.jpg  expomodeeaton9.jpg

Le musée hors ses murs, voilà un défi stimulant comme je l’ai mentionné précédemment. L’exposition du Centre Eaton met en évidence par ses excès, peut-être, ce que celle à la place Ville-Marie faisait pas défaut, soit l’importance de se faire remarquer lorsque le lieu d’exposition est un espace surchargé de stimuli commerciaux et de déambulations pressées.  Le moyen?  Une signalisation qui joue non pas sur le dépouillement et le raffinement comme on pourrait s’attendre d’un sujet comme la mode des grands couturiers québécois, mais sur la saturation des signes, des couleurs, des mots.  De la porte aux allées, jusqu’aux colonnes, pas possible de la manquer.  Elle frappe fort, très fort. 

expomodeeaton20.jpg  expomodeeaton17.jpgexpomodeeaton181.jpg

Elle tapisse l’entrée, couvre une partie du sol, on la foule en montant les escaliers…L’exposition quant à elle prend place dans de belles vitrines, les vêtements sont installés élégamment, cela va de soit pour une exposition sur la mode, et dans certains cas, accompagnés de clips vidéos où les concepteurs de mode parlent de leur métier et de leurs créations. Chic et de bon goût, bien fait. 

  expomodeeaton7.jpg  expomodeeaton16.jpg expomodeeaton3.jpg expomodeeaton2.jpg

Est-ce que le public s’arrête ?  Lors de mon passage (un peu rapide, je l’avoue, une vingtaine de minutes), j’étais le seul à le faire. Comme tel, je me permettrai donc une opinion toute aussi solitaire en supposant qu’elle peut ressembler à celle d’autres visiteurs. La signalisation de l’exposition était finalement plus exubérante que l’exposition elle-même. Son graphisme multicolore et survolté avait peut-être le défaut de noyer le message de mots et de signes difficiles à décoder dans l’abondance de ceux qui encombrent les galeries marchandes. De plus, il manquait peut-être, comme je l’ai déjà signalé, un atout important pour nous orienter efficacement: une présence bien humaine pour nous accueillir, nous informer.

  expomodeeaton4.jpgexpomodeeaton19.jpg

 Après avoir franchi les portes du Centre Eaton sur la rue Sainte-Catherine, et avoir suivi pendant quelques mètres la signalisation sur le sol et sur les colonnes, je n’avais pu après quelques minutes trouver le début de l’exposition.  Que devais-je chercher ? Des panneaux ? Des vitrines ? Un lieu où serait concentré le mobilier d’exposition ? Des modules dispersés ? Sur laquelle des trois ou quatre mezzanines ? Perplexe, je revins sur mes pas pour aller au comptoir d’information.  « Madame, pardon, je cherche l’exposition ».  « Quelle exposition », me répondit-elle sans sourire. Je lui montrai la grande bannière qui surplombait sa tête.  « Ha.  Elle est plus loin, un peu partout. ». Sans plus. Mon intérêt pour l’exposition venait de diminuer et ce, malgré toutes les couleurs et tous les signes qui, sur mon chemin, avaient tenté de me convaincre. 

Jean-François Leclerc

Muséologue

expomodeeaton.jpg

Mots et expos 5 septembre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue muséologie,Ecrits dans l'exposition,expérience expositions,exposition,Exposition d'histoire,muséologie,Objets,Visiteur , ajouter un commentaire

 vaseparfumvillavettiiverslanpompei.jpg Vase à parfum. Villa Vettii. 1er siècle.  Pompei

amulettegalloromainesitedesthermesdelugdunumruedesfargeslyon.jpg Amulette gallo-romaine. Site des thermes de Lugdunum, rue des Farges. 1er siècle. Lyon

Regardez les objets ci-haut. Comme le mentionnent les légendes, ce sont des objets du début du premier siècle de notre ère. Un trésor que j’aimerais bien posséder chez moi, des objets qui ont été utilisés par mes semblables il y a 2000 ans…

Voici d’autres objets tout aussi jolis mais moins chargés d’histoire.

vaseparfumvillavettiiverslanpompei.jpg Vase décoratif.  Céramiste Phaneuf. 2008. Québec

amulettegalloromainesitedesthermesdelugdunumruedesfargeslyon.jpg Pièce d’un jeu d’échec artisanal. Métal.  Origine inconnue. 20e siècle. Québec

Il a suffi de quelques mots pour donner un sens et une identité – fausses, à ces images que l’œil, à première vue, aurait pu décoder de mille manières. Le muséologue d’aujourd’hui est toujours tiraillé entre le souhait de contenter le visiteur de musée qui vient surtout voir et contempler et qui n’aime pas particulièrement lire. Le musée ne donne-t-il pas d’abord à voir ? L’idéal serait un musée sans texte mais qui, contrairement aux pratiques de la vieille tradition muséale si peu loquace, serait capable de donner sens à ce qui est vu, sans compter seulement sur la culture générale du visiteur, mais aussi de le contextualiser, de l’insérer dans la trame de connaissances forcément complexes comme l’est tout savoir. La télévision, le cinéma et la publicité ont développé cet art de communiquer de cette manière, pour le meilleur et pour le pire.

Comme le montre ce petit exercice, le texte (écrit, projeté, narré) demeure un incontournable de la communication muséale. C’est avec lui que se construit le scénario d’une exposition, c’est lui qui organise le propos, c’est lui qui donne un sens à l’exposition et à ce qu’on y montre.  Le visiteur ne s’y trompe pas et, malgré ses réticences, s’attend à lire. Il suffit de voir les foules agglutinées autour des longs textes d’introduction des expositions thématiques du Musée des Beaux-arts de Montréal pour s’en convaincre. Dans les musées d’art, quelques panneaux suffisent à camper le sujet et à orienter le visiteur dans sa contemplation d’œuvres mises en scène de manière plus ou moins élaborée. Dans les musées et les centres d’interprétation en histoire, l’affaire est plus ardue, car nul visuel ne pourrait témoigner à lui seul d’un événement ou d’un contexte. Il faut beaucoup de tact, de métier, d’art et d’habileté pour compenser par du texte ce que le regard ne saurait percevoir ou comprendre, sans briser le climat d’ensemble et rompre le charme de l’expérience qu’aujourd’hui, partout, on essaie de rendre la plus sensible et prenante.

Jean-François Leclerc

Muséologue

L’époque comme expérience générationnelle et le récit historique 8 août, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'histoire de Montréal,Exposition d'histoire,Générations,Guy Frégault,Histoire et mémoire,Intellectuels,Jeunesse,mémoire,musée,muséologie,Révolution tranquille , ajouter un commentaire

images8.jpgimages1.jpg

L’histoire est complexe et la raconter est une mission difficile, car la simplification que demande la communication d’un contenu savant notamment au musée, ne permet pas d’en rendre compte. Il est souvent plus facile de recourir aux clichés, aux idées reçues, aux histoires connues que de proposer une vision nouvelle, audacieuse d’un passé que tous croient connaître à force d’en entendre les récits convenus. De plus, l’aventure des humains est faite de niveaux d’expérience si divers que forcément, en les réduisant à quelques faits, phénomènes, objets, récits ou témoignages, on trahit cette complexité inhérente à l’histoire et à sa compréhension. Ce qui porte chaque époque à refaire ce récit, à le modifier, à le modeler à ses intérêts et ses croyances, en oubliant plus ou moins volontairement ce qui la choque ou la dérange. J’accepte tout à fait ce caractère éphémère et imparfait de l’interprétation historique au musée, car si le musée, comme d’autres médias, veut participer à l’évolution de la mémoire collective et de la culture, il doit accepter que ses propositions soient dévorées, assimilées par morceaux et recomposées sans qu’il puisse contrôler hors de ses murs la qualité et la scientificité des constructions populaires.  Sa mission est cependant d’intégrer à cette conscience un savoir exigeant qui autrement, demeurerait l’apanage des universités et centres de recherche.

Certaines périodes historiques deviennent dans la conscience populaire des acquis immuables à force d’être racontés, remémorés par les médias et les institutions. La Révolution tranquille québécoise en est une, phénomène historique bien connu et enseigné dans les manuels scolaires. La plupart des Québécois connaissent cette époque de rupture avec le passé, de réforme de l’état, de transformations majeures de la société et des pratiques sociales à la faveur de bouleversements sociopolitiques à l’échelle planétaire. Le terme est désormais entré dans la culture populaire (avec la légende nationale selon laquelle l’expression « révolution tranquille » viendrait du « quiet revolution » écrit par un journaliste anglophone et de sa traduction un peu littérale comme le Québec sait en produire trop souvent ; or, bien avant 1960, plusieurs des leaders réformistes de cette époque parlaient déjà de la nécessité d’une « révolution pacifique », mots employés par Jean Drapeau, futur maire de Montréal, lors d’un discours vers 1957).

Le contexte d’une époque permet d’expliquer bien des aspects de ces changements rapides, ici comme ailleurs. Faits, données socio-économiques, événements, contexte du moment, bien des éléments contemporains aux changements donnent des clés pour le comprendre. Il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance des motivations profondes (ou de l’absence de motivations profondes…comme on le voit aussi !), de ces milliers d’hommes et de femmes qui, au même moment, semblent converger vers les mêmes idéaux et objectifs et vouloir que leurs rêves deviennent une réalité lorsque le contexte est favorable. On aime bien aujourd’hui se servir d’interprétations générationnistes pour tout expliquer : ah, les baby boomers, ah, les générations x ou  y etc., comme si les classes sociales, le groupe ethnoculturels, la situation géographique et les destins individuels n’étaient pas des déterminants aussi forts sinon plus que la coïncidence des années de naissance. En faisant de tels amalgames, on évite les vraies analyses et on esquive les facteurs qui jouent en profondeurs à chaque époque.

Il faut admettre cependant qu’une communauté de jeunes gens partage souvent des préoccupations similaires quand ils n’héritent pas de celles, exprimées ou latentes, de la génération de leurs parents. Plusieurs phénomènes sociopolitiques marquants d’une époque plongent leurs racines dans les valeurs et le contexte de jeunesse des générations qui vingt ou trente ans plus tard, prennent le devant de la scène après une période de « longue et obscure attente », pour reprendre les mots de l’historien Guy Frégault.

C’est le chalet de Saint-Fabien-sur-mer (voir un des thèmes précédents) qui m’a fait tomber sur un bouquin de Guy Frégault « Chronique des années perdues. », publié chez Léméac en 1976. Historien de renom, parmi les premiers à pratiquer le métier d’historien de manière plus scientifique, il fut un des artisans de la Révolution tranquille de l’État québécois au poste de sous-ministre des Affaires culturelles, à une époque de changements culturels, sociaux et politiques majeurs. Dans ce nouveau ministère, il doit faire face à des défis immenses après un siècle où la Culture avec un grand C avait surtout été celle des autres – Français, Anglais, Américains, et certainement pas celle du petit peuple canadien-français trop peu instruit pour échapper aux impératifs du quotidien. Frégault travailla à établir quelques institutions culturelles nationales, à promouvoir la culture québécoise et ses créateurs en dépit des ressources modestes allouées à ce ministère, malgré les promesses non tenues et les beaux discours des réformateurs de l’administration publique québécoise. Dans ce récit, Frégault témoigne de l’ambition des acteurs de la Révolution tranquille de redonner au peuple québécois – canadien-français s’entend, à l’époque – une dignité culturelle et un état national qui puisse porter leurs rêves et orienter leur destin. Ce projet franchement et positivement nationaliste – au sens noble du terme, n’excluait pas « l’autre », mais voulait d’abord réparer les torts causés par la minorisation politique et culturelle des Canadiens-francais, tant au Canada que sur leur seul territoire ou ils sont majoritaires, la province de Québec. Même si on perçoit dans son récit toute l’excitation d’une époque où tout est encore possible, ce livre au propos parfois décousu est souvent amer devant les occasions manquées par les uns et les autres par petitesse, intérêt personnel ou manque de courage politique. Trop de rêves, trop de déceptions, trop de rêves brisés et une pointe d’élitisme font jeter à Frégault un regard à la fois enthousiaste et frustré sur ce passé récent (il écrit en 1976).

Pour faire comprendre l’élan des réformateurs, Frégault fait référence à sa génération d’hommes (et moins de femmes, c’est encore la réalité des années 1960) qui porta la révolution culturelle pacifique des années soixante. Cette génération de pragmatiques, comment la décrit-elle ? Comme des gens terre à terre, optimistes, confiants et entrepreneurs, sans angoisse ni déchirements, comme on peut les imaginer à voir leurs réalisations ? Pas tout à fait. Laissons parler Frégault:

« J’aurais pu pousser dix ans plus haut, jusqu’aux années 1935, au moment où une génération sortait de l’enfance pour entrer dans un monde que dominaient des sentiments exprimés par deux mots alors à la mode : inquiétude et aventure. Inquiétude inspirée par une crise qui était plus qu’économique, mais qui nous touchait, nous frappait plutôt, par l’extension des aires de pauvreté et des zones de misère, par l’appréhension immédiate de manquer de travail, c’est-à-dire de dignité encore plus que de pain, par la crainte de l’avenir, horizon bouché pour tout le monde et surtout pour les jeunes, par la peur, enfin, de la guerre, à laquelle personne ne voulait croire, mais dont la fatalité s’imposait tous les jours plus sensible(…). L’inquiétude débouchait sur l’aventure : où aller, dans cette nuit, sinon à l’aventure? Nous ne manquions pas de guides, nous en avions même beaucoup, mais nous ne les écoutions guère : ils poussaient toujours le même refrain, comme des disques enrayés. (…) 

Puis, la guerre vint, pour nous étrangère : « There’ll always be an England». Elle allait écraser beaucoup de vies, aplatir plusieurs caractères, procurer bien des « bonheurs d’occasion », nourrir des fureurs, ajourner des révoltes et durcir des idées. Pour certains, s’ouvrit la porte étroite de l’Université.

Les études nous accaparèrent : nouvelle inquiétude, nouvelle aventure et, pour quelques-uns, nouvelle ascèse. (…) En 1945, les compagnons, parfois frères inconnus, de l’immédiate avant-guerre se retrouvent, se reconnaissent, le verbe déjà – ou encore – assez haut, dans les laboratoires, les bibliothèques, les salles de conférences (…). Leur rigueur intellectuelle paraît assez raidement empesée. Elle n’a toutefois pas amorti leur inquiétude des années 35, elle ne l’a que canalisée. (…). Des écoles se créent, des chapelles de forment. Des polémiques éclatent. Des confrontations s’organisent. Des « jeunes sociologues » se manifestent à Québec, et des « jeunes historiens » à Montréal. (…) Les idées germent dans l’opposition.  Elles germent et elles poussent. Un autre fait intervient, considérable : la télévision. Divertissement, elle est aussi une tribune et, dans une large mesure, une école. Libre ? L’État central alimente et la surveille. L’objectif de Radio-Canada : l’unité nationale. Mais au moment où l’Université québécoise, étroitement tenue en main par l’autre pouvoir vivote toujours dans une pauvreté incroyable, des jeunes, qui en sortent et qui devraient y entrer pour y occuper des chaires, se voient fermer cette avenue et obliquent vers Radio-Canada. Un milieu intellectuel se constitue au sein de cette institution, qui ouvre des fenêtres sur l’information et la culture, qui interprète la société québécoise avec une indépendance non exempte de saccades, mais, à moyen terme, grandissante et qui, enfin, use d’une arme dévastatrice : la satire. Les vieilles structures subissent des assauts à coups de termes savants et de moqueries. On raille beaucoup, on écrit abondamment et l’on discourt plus encore. Une époque de relatives Lumières précède la relative Révolution tranquille.

(…) Maintenant qu’elle est finie depuis longtemps, je dois tenir la Révolution tranquille pour ce qu’elle fut : une mutation exceptionnelle, apparemment née d’un hasard improbable, mais, en réalité, créée, un peu mystérieusement, dans la patience d’une longue et obscure attente, et fragile.  Fragile et indestructible comme l’espoir.».  Guy Frégault, Chronique des années perdues, Léméac, 1976, pp.153-157.

Quelles attentes ont influencé et influenceront les gestes des générations héritières de la révolution tranquille, nées dans une certaine abondance ?

Jean-François Leclerc

Source des images :

Guy Frégault, historien et haut-fonctionnaire; http://www.crccf.uottawa.ca/exposition_virtuelle/collection_fonds_archives/document.php?id=62 

Affiche électorale de 1962 du parti libéral, vainqueur des élections de 1960. http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/photos/5023.html

« Montréal et la mode » ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels 19 juillet, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,Consommateur,expérience expositions,exposition,Exposition d'histoire,Expositions hors musée,Galerie Place-Ville-Marie,Histoire de la mode,Mode,Montréal et la mode,muséologie,opinions exposition,Yvette Brillon , ajouter un commentaire

expomtlmode20102.jpgexpomtlmode20103.jpgexpomtlmode201014.jpg

Montréal comme d’autres villes, du moins je le présume, voit depuis plusieurs années le médium exposition sortir des musées pour s’insérer dans la vie quotidienne des citadins, dans ses rues, sur ses places publiques ou dans des espaces commerciaux. Qu’on le veuille ou non, le médium exposition n’appartient par qu’aux musées, galeries et lieux d’exposition patentés.  Mes escapades estivales m’ont ainsi amené à l’exposition Montréal et la mode : tant d’années on défilé, dont on annonçait la présentation dans la « Galerie place Ville-Marie ». Le communiqué décrivait une exposition ambitieuse : « De la fourrure à la mode pour enfants, Montréal a su s’imposer au cours des dernières décennies comme un pôle essentiel dans le secteur manufacturier de la mode. Outre ce volet, l’exposition retrace également l’époque des grands magasins qui ont façonné le visage de la rue Sainte-Catherine, les premiers couturiers, les boutiques de patrons, les success stories comme Browns, Le Château et Reitmans et les incontournables comme Ogilvy et Dupuis et Frères, pour ne nommer que ceux-là. » Voilà une belle idée, car s’il y a un thème négligé dans notre histoire urbaine et culturelle, c’est bien celui-là, comme l’est encore la mise en valeur de son patrimoine (la vente et le don de la collection du Centre national du costume dans l’indifférence générale, il y a trois ans, à un moment de crise de l’industrie du cinéma, en fut le triste exemple. Fondé entre autres par le créateur François Barbeau et dirigé pendant longtemps par Denyse Clermont, aujourd’hui à Culture pour tous, cet organisme avait constitué une grande collection de costumes de tous les jours pour les films et le théâtre.  Comme membre du c.a., je fus témoin de cette fin douloureuse.)  

 expomtlmode20107.jpgexpomtlmode20106.jpg

Disons tout de suite que pour ce que j’en ai vu, la facture de l’exposition est sobre et élégante, et ses textes courts, bien écrits et informatifs, comme il se doit.  Elle est surtout composée de panneaux montrant des photos d’archives, des portraits de créateurs et de créations, toutes de grande dimension. L’expérience de visite confirme, s’il le faut encore, combien l’exposition et son lieu sont un couple indissociable dont la dissonance peut causer quelques problèmes au visiteur. On me pardonnera de ne pas fréquenter les souterrains commerciaux de Montreal, une de ses attractions touristiques semble-t-il, mais je croyais que la « galerie Ville-Marie» en était une véritable. Pas du tout. Il s’agit en fait des larges couloirs situés sous la place Ville-Marie et bordés de commerces plus ou moins chics les plus diversifiés.

expomtlmode20108.jpgexpomtlmode201011.jpg expomtlmode201010.jpg

On nous annonçait que l’exposition y prenait place dans sept lieux. En fait, elle se dispersait sur les colonnes qui parsemaient le couloir, sur les mezzanines surplombant les comptoirs alimentaires et les espace de repas. Un des thèmes, (peut-être plus), prenait place dans un espace commercial inoccupé consacré à l’histoire du magazine Clin d’œil à travers l’exposition de ses couvertures surdimensionnées et de quelques archives plus anciennes, notamment sur la chapelière et modiste Yvette Brillon. Faute de plan, l’éclatement de l’exposition a eu raison de mon intérêt, comme l’attention acrobatique qu’exigeait la contemplation des photos des mezzanines, de même que la chronologie historique désarticulée et par conséquent déroutante pour un néophyte de la mode. Faute d’orientation, peu intéressé à fréquenter pendant des heures un couloir commercial et à paraître un peu hurluberlu lorsque je m’arrêtais au milieu des consommateurs pour regarder les grandes images accrochées en hauteur, j’ai déclaré forfait après une demie heure et sans avoir vu le cinquième de ce qu’on me proposait. 

expomtlmode201016.jpg expomtlmode201013.jpg

Quoiqu’on n’y pense pas spontanément, l’exposition est aussi une expérience de l’espace dont l’architecture (espace ouvert, intime, écrasant, ou labyrinthique etc.) et son impact physique déterminent plus qu’on le croit les perceptions du visiteur. Les musées et autres lieux dédiés en permanence aux expositions doivent aussi composer avec des contraintes architecturales. Le défi est toujours d’utiliser ces contraintes pour soutenir l’atmosphère esthétique, rédactionnelle, visuelle et scénique de l’exposition tout au long du parcours. L’accessibilité et le confort physique de l’exposition demeurent incontournables – niveau du regard, lisibilité des textes, postures de lecture et de contemplation, limitation des nuisances sonores et autres, de même qu’une signalisation d’introduction pour faire comprendre au visiteur les règles et paramètres de l’expérience proposée. L’expérience démontre que parfois, la présence de personnel d’accueil est essentielle pour orienter le visiteur.

 expomtlmode2010.jpgexpomtlmode201018.jpgexpomtlmode201019.jpg

La dite « Galerie » est d’abord un espace commercial, voilà ce qui constitue sa force et son principal défaut comme lieu inhabituel d’exposition. Si l’idée de l’investir est excellente, l’intention sous-jacente au projet était probablement de favoriser la déambulation et le contact avec l’autre exposition, commerciale celle-là. Il semble que cette louable intention ait poussé un peu trop loin son intégration aux lieux, au point de la déstructurer et d’en faire à certains moments un simple décor. S’il faut continuer à retrouver à Montréal de telles expériences, oser choisir des lieux inédits et fréquentés, il faudrait le faire cependant avec toutes les précautions que cela demande. En somme, pour les concepteurs mais surtout pour les gestionnaires immobiliers qui les appuient, cela signifie que l’exposition doit oser affirmer sa présence dans l’espace et auprès de ses usagers habituels, en lui imposant lorsqu’il le faut, les conditions nécessaires pour atteindre ses objectifs de communication. À suivre !

Jean-François Leclerc

Muséologue

Les lieux de mémoire ou la permanence comme nécessité identitaire 24 juin, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'histoire de Montréal,Chalets,Chapelle Bonsecours,expérience expositions,Exposition,exposition,Exposition permanente,Identité,Lieux de mémoire,mémoire,muséologie,opinions exposition,Saint-Fabien-sur-mer , ajouter un commentaire

stfabien200960.jpgChalet à Saint-Fabien-sur-mer

Les vacances approchent et le temps de vivre et dans mon cas, d’alimenter un peu plus ce blogue, je l’espère (et excusez la longueur des textes, qui ne font pas très blogues). Un week-end prolongé il y a deux semaines, à Saint-Fabien-sur-mer dans le Bas-Saint-Laurent, m’a permis d’aller dans le chalet d’une tante, aînée de la famille de ma mère, âgée aujourd’hui de 92 ans. Petit chalet de bois, aux formes très sobres et classiques comme la plupart des constructions de cette baie entourée de montages et d’îlets et de presqu’îles couvertes de forêts. Parfums de mer, de varech, de sapinage et d’églantiers (nos rosiers sauvages), et tant d’autres effluves qui en font une parfumerie à ciel ouvert et un bain visuel et sensoriel intense. Mais il n’y a pas que cela.  Auto-construit dans les années 1950 par mon grand-père et son frère, ce chalet a très peu changé depuis.  L’architecture traduit la modestie des moyens et des intentions, mais également un souci allant de soi à l’époque de s’inscrire dans la tradition des petits chalets qui depuis 1900 avaient commencé à border la rive. Ce qui dans le futur risque de ne plus être le cas si on en juge par certaines constructions récentes, pompeuses et dont l’architecture est directement issue de la banlieue. Si on s’y prend garde, bombardement de paysage en vue. Soyons optimistes, les résidents veillent. 

Il y a plus.  Ce lieu de repos au départ, est devenu d’année en année un lieu chargé de souvenirs, de mémoire, d’affects et de témoignages qui retrace, plus que nos intérieurs domestiques urbains, le parcours d’un clan, celui des Fortin et de leurs branches par alliance, depuis la fin du 19e siècle. L’intérieur du chalet et une partie de son mobilier hétéroclite installé au cours des années 1950 à 1970 sont toujours les mêmes : sofas des années 1940, courtepointes, couvertures tissées au métier et dentelles synthétiques, table salle à manger turquoise aux multiples couches de peinture, ustensiles et appareils qui témoignent de l’évolution des modes et de la technologie domestique (en particulier celle des grille-pains). Tout est encore là ou presque, un élément ou deux s’étant ajoutés discrètement au gré des visites de tantes, cousins, cousines et amis qui les uns après les autres viennent profiter de l’hospitalité de la doyenne du clan. Sans oublier la permanence de ce parfum caractéristique d’une maison de bois un peu humide où un petit poêle nourri de bûches grossièrement équarries adoucit les matinées nordiques un peut trop fraîches comme le fleuve maritime sait en offrir, même en plein été. Quand au décor, il s’enrichit par couches d’objets souvenirs déclassés des demeures de ville à la mode, de photographies de la parenté, de portraits ou cartes mortuaires de personnes aimées, de créations enfantines en argile de rivage, témoins d’une créativité spontanée sans complexe et d’un moment magique des enfances d’hier. Dans la bibliothèque aboutissent des livres de vacances, des romans d’aventures, des biographies mais aussi des ouvrages pieux d’autrefois qui ont survécu aux élagages sommaires de la propriétaire des lieux. Sans oublier les petites revues à potin des deux ou trois années précédentes, et des incontournables et impérissables Paris Match et Sélection du Reader’s Digest. La télévision, modèle rétro, a sa place bien discrète mais nécessaire pour accompagner les moments de farniente et de mauvais temps, car sa programmation cimente les relations entre les vacanciers. Le salon s’anime des conversations et commentaires badins sur les artistes, les politiciens et surtout, sur les étranges ou spectaculaires phénomènes de l’humanité et de la nature dont se délecte la télévision américaine et ses sous-produits locaux pour le plus grand plaisir du cerveau indolent du vacancier. 

Il y a plus.  Sous la télévision, une pile d’albums à la couverture de carton brun moiré nous fait entrer dans la mémoire visuelle du clan remontant aux premiers temps de la photographie. Ancêtres ridés et peu souriants à collets montés et coiffes de deuil, cartes mortuaires, photos de familles de studio où chaque enfant propret est bien aligné autour du fier couple de géniteurs, images de travail, de loisirs, de mariages et d’ordinations, bien des prêtres et des religieuses apparentées qui se mêlent aux  laïcs en costumes d’été et robes légères d’autrefois, images de nos propres séjours à des époques déjà lointaines aux modes désormais clownesques. Au-dessus de cette pile, des registres comptables recyclés en annales du chalet rendent les récits de ceux qui y ont séjourné. Une histoire, un mot, un souhait, toujours les mêmes, saluant la gardienne de ce lieu, la beauté du paysage, ou se plaignant de la rudesse du climat ou encore vantant le temps resplendissant qui, à chaque fois, est pris comme un cadeau inespéré de ce climat maritime et nordique. La permanence de ce décor a une grande vertu, celle d’agir comme chargeur de mémoire. Chaque objet, chaque ustensile, chaque photo ou bibelot fané n’ayant de valeur que comme déclencheur de souvenirs, du plus intime de sa propre histoire, d’étapes agréables ou difficiles de vies en passages heureux, celle plus large de la parenté, du clan et de la société québécoise, par ses revues et livres plus récents. Tout de ce lieu habité, permanent, aux traces cumulatives situées dans ce paysage minéral, forestier et maritime, à la fois rude et luxuriant, conquis il y a plus d’un siècle par des colons et des villégiateurs, tout de ce lieu témoigne de l’enracinement profond dans l’histoire familiale et cette terre des bas pays et du Québec. Il témoigne de la lenteur de ce patient travail qui a transformé le paysage et mené la mémoire jusqu’à aujourd’hui. Cette ancienneté relative du lieu, cette mémoire qui imprègne tout peuvent susciter parfois des sentiments mêlés, de plaisir mais aussi de lourdeur. La digestion du passé n’est pas si simple. On préfère oublier, faire comme si, de là un certain malaise mêlé de plaisir et d’excitation qui accompagne l’arrivée sur les lieux. De plus, cette histoire ne dit pas tout. Elle est centrée sur le clan dont le parcours épousait jusqu’à il y a cinquante ans celui bien typique d’agriculteurs et d’une petit élite intellectuelle régionale plus ou moins libérale d’idées, dont mon grand-père agronome et communicateur faisait partie.  Ce bref séjour a fait ressurgir une observation souvent faite, mais dont je ne tiens pas assez compte dans mon quotidien muséal : l’être humain, s’il a besoin de changement, s’il veut refléter son évolution dans la modernité et s’il aime se mirer dans le changement, il a besoin de lieux qui ne changent pas.  Les églises et temples, espaces publics, jardins, espaces domestiques qui persistent dans leurs formes originelles deviennent avec le temps de véritables capteurs de mémoire et des ponts entre les générations. En d’autres termes, du patrimoine ! Dans nos villes, depuis toujours, il faut à un moment où l’autre « moderniser » l’environnement. Oui, on le comprend, on l’apprécie.  Bien des architectures d’aujourd’hui nous donnent un sentiment de liberté et des plaisirs citadins que n’apportaient pas ces lieux avant leur transformation, surtout lorsqu’il s’agit de lieux en friche, de stationnement ou de terrains vagues. Chacun d’entre nous peut en citer plusieurs qui sont des cadeaux pour le citadin.  Pensons pour Montréal à la place des Festivals. Cependant, dans ce processus de changement, on minimise souvent le pouvoir des lieux au contraire, ne changent pas, et qui, en dépit parfois de leur relative jeunesse, quarante, cinquante ans, sont devenus à force de fréquentation et d’un brin d’oubli, intemporels, se chargeant d’une mémoire apportée par chaque personne qui le fréquente et y revient.  Le changement de ces lieux est souvent vécu comme un crime, non par ceux qui ne regardent que la forme, la fonctionnalité ou l’esthétique, mais par ceux qui les fréquentaient depuis des lunes. Transformés, ces lieux-repères de l’âme urbaine, avec leur patine, perdent toute leur charge mémorielle et émotive. Disparaît avec eux un bout de l’âme de la ville construite patiemment au gré de décennies de fréquentation et d’expériences. Il faudra au nouveau lieu des décennies avant de retrouver ce charme et cette force d’évocation secrètement aimée.  Je pense par exemple à ces lieux intemporels par excellence et qui veulent l’être, que sont les temples et églises, dans ce cas, à la chapelle de Bonsecours, dans le Vieux-Montréal. Autrefois sombre, couverte de toiles néobaroques et d’ex-voto assombris par un siècle de fumées de cierges et d’haleine de fidèles, elle était comme un écrin où il faisait bon se blottir parfois pour méditer. Sombre comme certains moments de notre vie, suintant une vision pessimiste de l’existence et en cela, en accord avec ce que la vie plus souvent qu’autrement apporte à l’être humain. Une fuite dans le toit ayant mis au jour le dessous des fresques d’origine au cours des années 1990, on décida d’enlever la couche récente et de révéler le décor peint quelques cent ans plus tôt sur la voûte de bois. Les scènes et les couleurs sont lumineuses, presque joyeuses.  Elles avaient disparu parce qu’elles n’étaient pas aux goûts du curé de l’époque, plus rococos et néobaroques. La chapelle fut restaurée, sa beauté cachée révélée et…toute une émotion existentielle lavée et perdue à jamais, une certaine âme du lieu aussi avec tous les souvenirs de générations qui l’avaient fréquentée.  Le résultat magnifique artistiquement fut néanmoins une perte de mémoire importante, seuls désormais les images filmées du 20e siècle pouvant rendre le monde et la piété dont témoignait le décor disparu. 

En exposition, nous minimisons souvent le pouvoir de la permanence (bien que dans des textes précédents, j’évoquais le problème contraire, les difficultés de communication provoquées par des expositions permanentes trop négligées!). L’exposition du Centre d’histoire de Montréal jusqu’en 2001 avait acquis ses fans, ses pèlerins comme l’ancienne exposition Mémoires du Musée de la civilisation. Sa perte fut durement ressentie par plusieurs, comme si sa seule présence était rassurante et un repère important, qu’on la fréquente ou pas. Ces permanentes sont là, on sait qu’on peut les retrouver avec les images et objets qui nous touchent, lorsqu’on en a besoin. Lieux de mémoire, sanctuaires aussi, à leur manière. Peut-être devrions-nous tenir compte de cet attachement lorsque les changements deviennent nécessaires pour d’autre considérations, efficacité, vétusté, usure, recherche de nouveauté, intégration du multimédia etc. En effet, les institutions muséales ne sont pas seulement des médias (ce qu’ils sont devenus aujourd’hui, tant mieux, comme je le répète souvent). Ce qui les distingue des autres médias, c’est cette relation étroite avec un lieu physique, avec une architecture, avec une cristallisation matérielle de valeurs, d’esthétiques, de visions du monde. Peut-être doit-on parfois laisser au temps faire son travail avec patience et donner à nos permanentes l’occasion d’acquérir une épaisseur historique et émotive qui transcende les générations. Pas facile. 

Les  grands musées ont les moyens de le faire sans nuire à leur modernité : leurs bâtiments antiques et certains éléments de leurs permanentes passent le temps parce que d’autres espaces peuvent, au même moment, s’adapter au changement. Ils ont aussi les moyens d’affirmer sur tous les tons et toutes les tribunes leur modernité qui attire la majorité des visiteurs. La chose est différente pour les musées de taille moyenne moins dotés en budgets de promotion. Qu’on choisisse la permanence ou cet éphémère qui convient mieux à notre époque, il néanmoins chercher à imaginer des manières de conserver à nos lieux leur esprit et la profondeur que le temps et l’attachement du public leur ont conférée.  Devrait-on faire des études à ce sujet ? Chercher à faire témoigner les visiteurs et les employés de ce qui dans le bâtiment et les permanentes fait partie malgré l’institution et les modes, d’un intangible et précieux héritage ? À suivre ! Jean-François Leclerc  Muséologue Centre d’histoire de Montréal 

La fonction intellectuelle du musée, Vadeboncoeur et la recréation du monde. 27 février, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'histoire de Montréal,Exposition,exposition,Intellectuels,musée,muséologie,Pierre Vadeboncoeur,Visiteur,Yvon Rivard , ajouter un commentaire

recrerlemonde.jpg

 Plutôt qu’un acteur culturel apportant sa propre voix à nos débats de société, le musée est souvent perçu comme un loisir et une attraction touristique. Il se présente souvent avec l’élégante légèreté qu’on attend d’une activité ludique. Rien de plus normal pour un visiteur comme je le suis moi-même. Pourtant, le musée et son outil privilégié, l’exposition, peuvent, ou pourraient, jouer un rôle plus important dans l’incessant travail d’analyse et de reconstruction du monde auquel s’adonnent partout et de tout temps les intellectuels. Il y a deux semaines, mourait un grand essayiste québécois, Pierre Vadeboncoeur, ardent syndicaliste qui fut aussi un intellectuel hors des modes et un écrivain à la pensée et au style d’une exigence rare. Une phrase de Vadeboncoeur citée par l’écrivain Yvon Rivard, qui lui rendait hommage, exprime bien ce qui devrait nous motiver comme muséologues: «toujours chercher l’autre monde à travers l’apparence du nôtre». 

Pour s’aider à traverser le miroir des apparences, les humains ont inventé la culture, les arts, l’histoire, la science et tant d’autres savoirs; ils ont aussi créé des médiateurs culturels que comme la muséologie et les musées. Au-delà de tous les aspects pratiques et techniques de notre travail, dans lesquels le quotidien nous enferme trop souvent, il nous faut revenir sans cesse à cette responsabilité intellectuelle d’accompagner l’humanité dans sa connaissance de soi, du monde et de proposer d’autres rêves que les plus convenus pour lui permettre d’imaginer ses nécessaires métamorphoses. Comme l’écrit Rivard, « l’être humain, s’il ne veut pas subir son destin, s’il veut vivre librement, n’a d’autre choix que de travailler à l’élaboration constante des formes de la vie », (…)  « ce monde n’existe que si nous le créons sans cesse. » Pour nous, à la fois une mission et un programme. Voir :  Vadeboncoeur. Il n’y a qu’un royaume, Yvon Rivard, Le Devoir, 13 février 2010. 

http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/282978/vadeboncoeur

123

L'Art enfante Un® |
Agricola... Aquarelles en ... |
"d'Une Rive à l'Autre" 23 e... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Marianne Leuba Willemin, le...
| Graphiste & Illustratri...
| LA PETITE GALERIE