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Promenade estivale 1 : Photographier, pour s’approprier une exposition 17 juillet, 2011

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,Droits d'auteur,exposition,Exposition permanente,Musée des Beaux-Arts de Montréal,Photographie , ajouter un commentaire

Voilà.  Le travail, les projets nombreux (dont Quartiers disparus, et 100 ans d’histoires. Raconte-moi Parc-Extension) ont laissé place aux vacances et à du temps pour, entre autres, visiter les expos des autres, pour laisser aller les idées, les impressions, les réflexions qui surgissent au gré des découvertes.

Plus que jamais, monsieur et madame tout le monde peut photographier tout et rien, à tout moment, sans préparation et, grâce aux téléphones, dans la plus grande discrétion. Pauvres gardiens de sécurité qui doivent exercer leur vigilance jusqu’à la crise de nerf.  Tous les visiteurs, aujourd’hui, sont des malfaiteurs en puissance.  Pour contenter son goût de souvenirs artistiques, il faut donc  jouer au délinquant candide, au risque de se faire apostropher plus ou moins gentiment comme lors d’une exposition rétrospective sur Louise Bourgeois au Centre Pompidou à Paris. 

 mbalotoetc6juillet201152.jpg

André Derain. Plage de Varengeville. Normandie. Musée des Beaux-Arts de Montréal

http://www.mbam.qc.ca/fr/provenance/oeuvre_262.html

Pour vous et moi, capter (sans flash, évidemment) un tableau, une sculpture ou quelques œuvres ou objet exposé dans un musée est un geste anodin mais important.  Cela nous permet de nous approprier un peu de l’œuvre, d’en rapporter un reflet imparfait et parfois même malhabile, de s’en inspirer, de s’en délecter au-delà des murs du musée et dans l’intimité de chez soi, ou encore d’en partager la découverte avec des amis.  Quelle meilleure manière de diffuser l’intérêt pour l’art et son histoire. 

Pour le quidam sans appareil sophistiqué  (la majorité d’entre nous), cet interdit de photographier des œuvres au musée nous rappelle une implacable réalité : une partie des grands trésors de l’humanité sont de propriété privée.  Mais comment alors, l’image numérique d’une œuvre prise par un visiteur pourrait-elle affecter de quelque manière le profit que son propriétaire pourrait en tirer?  Les droits les plus lucratifs ne sont-ils pas payés par les petits et grands médias, les institutions privées et publiques qui ne pourraient les contourner sans risque pour leur réputation et leurs deniers?  Le message de l’interdit vaut-il plus que les intérêts qu’il recouvre : ceci est une propriété privée?

Il ne s’agit pas ici de contester ce fait et les quelques risques réels mais limités de voir diffuser une image captée par un appareil professionnel). Il s’agit d’en souligner l’impact sur l’expérience du visiteur. Comme je le notais dans un blogue précédent sur nos comportements de consommateurs, versus de visiteurs de musée, le magasin a l’avantage d’offrir la possibilité de s’approprier l’objet de ses rêves et de ses désirs (moyennant quelques deniers!). Ce qui n’est pas le cas au musée, à moins qu’on se contente d’une publication, d’une carte postale ou d’une reproduction. Dans tous ces cas, le plaisir de la possession est reporté et se consomme avec un arrière-goût de saveur artificielle.  Lors d’une visite au Musée des Beaux-arts de Montréal en compagnie d’un ami qui n’apprécie par particulièrement la mode , je lui ai proposé de voir la collection permanente.  Bonne idée.  J’ai réalisé que le musée procédait à une rotation des œuvres, et surtout, qu’il avait intégré à sa collection des œuvres prêtées…qu’il  était permis de photographier!!! Dire que je me contorsionnais pour passer inaperçu.  Me voilà comblé et enfin possesseur de mes coups de cœur. Suite au prochain blogue!

Jean-François Leclerc

Muséologue

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