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Hors de l’exotisme et des stars, point de succès pour les expositions grand public? 9 janvier, 2016

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue muséologie,Collections,Commentaires expositions,expérience expositions,exposition,Groupe du Beaver Hall,Histoire de l'art,musée,Musée des Beaux-Arts de Montréal,Museologie québécoise,opinions exposition,Prudence Heward , ajouter un commentaire

Beaver Hall salle 2

Les musées de Montréal nous offrent régulièrement des expositions qui pourraient se classer dans deux catégories : les « stars de l’art » et « les trésors de ».  Les Montréalais – et les touristes – se précipitent pour voir les célébrités de l’art et du patrimoine mondial précédées par des décennies de marketing artistique et touristique.  Entre ces icônes mondialisées immédiatement compréhensibles – Monet, Picasso, Incas, Warhol et autres – et un art moins accessible ou des œuvres d’artistes nationaux ou locaux, le choix est facile.  Mais à n’exposer que des stars de l’art ou des civilisations auréolées de mystère, on renforce chez le public l’habitude de ne se déplacer que lorsque l’exotisme sous toutes ses formes passe en ville.  Ce faisant, le musée  néglige une dimension importante de sa mission, celle de mettre en valeur sa propre société.  Sans arbre généalogique de notre propre génie humain, il devient plus difficile de construire son identité propre et de créer, ici, un art fort et authentique. Les Européens et les Américains ne se privent pas de le faire, pourquoi pas nous?

Le Musée des Beaux-arts de Montréal, qui fait souvent dans le star system, a heureusement déployé depuis quelques années sa collection d’art québécois et canadien dans plusieurs salles d’un nouveau pavillon. Cette exposition est à la fois instructive, convaincante, attrayante et riche en découvertes même pour un amateur un peu connaissant.  Mais, on le sait, ces expositions en place pour longtemps ne font pas courir les foules. De plus, ils ne donnent qu’un aperçu très sommaire et parfois injuste des artistes représentés. De plus, le budget de promotion va ailleurs, et c’est compréhensible.

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Cette fois, le MBA met en vedette un groupe d’artistes en majorité anglo-canadiens dit du Beaver Hall, présenté sous le titre (malheureusement flou et confondant)  « La couleur du jazz ».  Ce groupe, quoiqu’éphémère, a rassemblé de  grands artistes, dont un grand nombre de femmes artistes. On est loin des audaces modernes d’outre-Atlantique et de sa bohème libérée qui osent casser les moules, mais les artistes qu’on nous présente ont su créer des œuvres fortes et inspirantes. L’exposition, qui structure le parcours selon les thèmes et sujets représentés, est riche en notes biographiques, stylistiques et avec de nombreuses références au contexte social de l’époque.

HewardBeaver Hall 2

La mise en scène est agréable et parvient à éviter la monotonie, malgré une muséographie assez classique qui se permet néanmoins de créer des contrastes d’une salle à l’autre. Le clou de l’exposition est d’ailleurs à mon avis, l’avant-dernière salle, toute peinte en noir, où une succession de portraits – le plus souvent des sujets féminins, devient une véritable fête de couleurs et de formes. Par leur nombre et leur qualité, les tableaux démontrent une grande maîtrise picturale et formelle et un souci de décrire la condition sociale des sujets. 

Beaver Hall salle

J’ai cependant regretté qu’on passe sous silence (à moins que j’aie manqué cette référence) le fait que le monde artistique montréalais de l’époque est très clivé, artistes anglophones et francophones  vivant dans des univers séparés, et sont certainement issus de milieux aux conditions sociales très différentes. Il faut se tourner vers l’exposition permanente pour le savoir, sinon, sur des sites plus spécialisés comme  celui du Musée des Beaux-arts du Canada.

http://cybermuse.gallery.ca/cybermuse/enthusiast/thirties/content_f.jsp?chapter=0  

On y mentionne par exemple que dans le groupe,  seul l’artiste Edwin Holgate parle français et fait le pont entre les deux sociétés. À la fin des années 1939, un autre groupe, majoritairement anglophone mais suivi par des critiques francophones, la Société d’art contemporain, fut formé pour, entre autres,  rapprocher des artistes francophones et anglophones autour d’une autre idée de la modernité.  Ce bel idéal ne survivra pas aux audaces d’un de ces membres, Paul-Émile Borduas, et à son Refus global (et ses collaborateurs), profondément canadien-français (québécois) dans son propos et ses  révolte contre un état de soumission et de domination de son peuple. Sans rien enlever au projet de valorisation de l’exposition et à une certaine image d’unité de l’art canadien qui s’en dégage, cela  aurait certainement permis de mesurer les limites des préoccupations sociales de ces artistes du Montréal bourgeois de l’époque.  Et on peut se consoler ou se désoler de savoir qu’encore aujourd’hui, tout en étant un incubateur culturel extraordinaire, Montréal demeure une société qui dans certaines milieux, demeure clivée culturellement, audelà des apparences. (Voir par exemple sur Arcade Fire http://blogues.lapresse.ca/brunet/2014/08/31/arcade-fire-et-le-montreal-franco/)

 

Beaver nu

Saluons les organisateurs de cette exposition d’avoir réuni enfin un corpus important des œuvres du groupe et de les promouvoir avec des moyens dévolus aux expositions majeures, grâce aux outils de communication et de marketing bien rodés du MBA.  La présence d’une foule nombreuse semble démontrer que ce choix peut être profitable pour un musée ,et, certainement, pour la société dans laquelle il oeuvre!

Séduire et troubler: Altmejd 28 août, 2015

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L’art actuel se déploie de nos jours de multiples manières.  Bien des artistes utilisent des médiums dématérialisés, ou encore se font animateurs culturels et sociaux, s’insérant dans le quotidien de certains groupes ou dans des activités festives et  se fondant ainsi dans l’animation culturelle foisonnante de Montréal.

On peut penser que plusieurs de ces interventions rapprochent le public de l’art et des artistes, qu’ils sont comme des ferments qui feront lever la pâte culturelle et la créativité des populaire. Les espaces urbains publics deviennent ainsi un musée vivant où un certain art s’expose et se démocratise. Pourtant, le musée demeure essentiel comme lieu où le monde, l’histoire et l’art se mettent en scène et offrent des expériences  intenses hors du brouhaha quotidien.

J’aime bien faire des incursions  au Musée d’art contemporain de Montréal, ce grand petit musée national, si bien situé au cœur du Quartier des spectacles. Sa programmation éclectique, comme l’art actuel, et ses expositions plus permanentes valent de s’y plonger malgré les difficultés inhérentes à la communication de l’art contemporain. Mes contacts avec certaines œuvres me laissent souvent perplexe, mais tout ceci agit en nous, creuse la sensibilité, déroute les attentes, même si le souci de certains artistes d’adopter les codes et les symboles mondialisés m’irritent (Altmejd, comme tant d’autres, choisit d’intituler ses œuvres d’un « untitled » anglophone qui se prétend lisible partout, contribuant au laminage du monde). Quel que soit le souci des artistes de porter un message ou provoquer un changement, l’art au musée et l’art de musée, sauf exception, demeure un objet de consommation et de contemplation. Il a bien peu d’impact sur la société et ses enjeux. Mais rien de cela ne doit nous empêcher de s’exposer…aux expositions!

Altmedj miroirs

La Biennale au MAC nous avait entraînés sur les voies bien pavées d’un art conceptuel sans  frontières dont de nombreuses propositions seront probablement un jour considérées comme un pur académisme moderne. Le temps le dira. Cette fois, avec Altmejd, le MAC nous « révèle» un Montréalais devenu une des étoiles montantes de l’art actuel, dont l’ange de la rue Sherbrooke devant un des bâtiments du Musée des beaux-arts est déjà une icône de la ville. Comme toute exposition monographique, celle-ci nous plonge dans l’univers d’un seul artiste, et dans ce cas, un artiste qui aime faire plus grand que nature. L’œuvre devient muséographie et nous enveloppe, surtout dans le dernières salles où des boîtes de plexi ou de verre occupent presque toute la surface et se multiplient par un jeu de miroirs  digne d’un palais de Versailles contemporain! L’effet est saisissant.

 

 

Altmedj 2015 mixAltmedj 2015

D’autres que moi ont commenté l’œuvre et l’exposition. Disons que, comparativement à certains de ses contemporains, Altmejd offre des créations on ne peut plus sensuelles, jouant sur un réalisme anthropomorphiste, sur l’étrangeté, sur les matières organiques et minérales portant un ADN d’êtres monstrueux et fantastiques, créant un monde qui nous rappelle celui du vaisseau spatial où sévit le monstre Alien, cette bête carnassière qui ingère et intègre des partie d’humains qu’elle dévore. Altmedj choisit clairement, de son propre aveu, ce croisement entre le monde immémorial des contes et légendes,du fantastique et du cinéma d’horreur et de la science-fiction.

Altmedj Mac 2015 Mac Altmedj 2015 monstre

Ses compositions monstrueuses et pourtant attirantes ne font pas que nous inquiéter. Elles nous observent, nous décrivent, nous troublent parce que, plus ou moins sciemment, à travers elles, l’artiste nous parle de la vie, de la mort, de cette violence de la nature et des humains qui entraîne la destruction et la décomposition des êtres et des choses. Ce qui, inexorablement, contribue à transformer notre monde.

Jean-François Leclerc

 

 

Pérou, or, histoire et sang 6 avril, 2013

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Ornement mochica.  Exposition Pérou au MBAM

Ornement mochica présenté dans l'exposition Pérou au MBAM. Photo Joaquin Rubio

 

 

 

 

Le Musée des Beaux-arts présente depuis quelques semaines l’exposition Pérou, royaume du soleil et de la lune. Il nous offre des pièces uniques de diverses collections. On y trouve les attendus ornements d’or et d’argent, certains spectaculaires, dont les représentations font partie de notre culture populaire depuis longtemps (qu’on pense à l’album de Tintin Le Temple du soleil). On aussi peut y admirer des pièces des Mochicas, dont plusieurs représentent des humains, de sensibles portraits qui nous donnent l’impression d’entrer en contact avec ce peuple. Autre attrait de cette riche exposition, des tissus aussi rares que magnifiques, dont certains viennent de la collection du MBA (d’ailleurs, ce musée devrait mettre en valeur sa collection de civilisation, et pourquoi pas, par une exposition d’interprétation permanente sur l’histoire des civilisations. La culture générale de nos concitoyens en serait enrichie). La présentation est honnête, avec un effort de mise en scène dont ne se prive heureusement pas le MBAM depuis quelques années. Il faut seulement regretter quelques insuffisances au niveau de l’éclairage, du support, de la lisibilité et de la disposition des cartels.

Il faut noter un certain décalage entre l’image choisie pour l’affiche vedette – un ornemant éblouissant , qui laisse croire à une exposition sur les civilisation précolombiennes,  et les intentions des concepteurs. Le fil conducteur de l’exposition, que nous découvrons au cours de la visite, est en effet moins l’histoire et les cultures des peuples autochtones d’avant la Conquête espagnole, que celle de la construction identitaire de la nation péruvienne à travers son art national.   L’indianité profonde du Pérou, écrasée par la conquête espagnole, fut récupérée par les penseurs et créateurs nationalistes bolivariens et leurs successeurs au 20e siècle qui voulaient se démarquer de la culture de leur ancienne métropole. Les archéologues jouèrent un rôle majeur dans cette redécouverte. Leur place dans l’exposition est donc importante.  

http://www.mbam.qc.ca/bibliotheque/media/1-perou-communique-de-presse-mbam.pdf

Les salles consacrées aux peuples précolombiens nous convainquent du raffinement de leurs cultures jusqu’à la période de l’Empire inca et sa destruction violente par les Espagnols. Ce moment charnière se raconte pourtant, muséographiquement, dans les deux salles les moins riches de l’exposition. Le choc que fut  l’arrivée des Espagnols est peu développé. Une pauvre reproduction du codex de Garcilaso de la Vega sur un mur, sert à évoquer la spoliation sanglante des nations autochtones par des aventuriers et militaires espagnols, avec l’assentiment de la monarchie espagnole et du clergé. L’autre salle est aménagée pour mettre en valeur  un documentaire projeté sur grand écran et portant sur le pillage des tombes précolombiennes et la destruction du patrimoine. Des dizaines d’objets sont disposés dans la pénombre, sur des étagères évoquant les réserves archéologiques. Bel effort de mise en scène qui, malheureusement, se confond à du décor, alors que les objets quotidiens qu’elle montre témoignent pour la plupart de la vie quotidienne  des populations précolombiennes sans les ors ni le luxe des objets rituels des salles précédentes.

Les autres salles nous présentent l’émergence chez les artistes péruviens d’un intérêt pour les cultures autochtones nationales. Après avoir vu le raffinement et la profondeur spirituelle et humaine de l’art des peuples précolombiens, les œuvres des époques suivantes, celles de la colonie espagnole et de la nation péruvienne, même fabriquées dans les matières les plus précieuses, nous paraissent bien fades, pâle reflet métissé de celles qui précèdent. Comme les textes nous l’indiquent, le génie créatif des premiers peuples doit désormais se camoufler derrière les valeurs, les croyances et les goûts des conquérants.

L’histoire du monde nous a habitué à bien des horreurs, mais ce qui se passa dans les Andes péruviennes et au Mexique fut une tragédie dont les peuples autochtones se relèvent à peine. Notre accès aux trésors de ces civilisations, il faut s’en souvenir, on le doit aux conquérants qui ont transformé leurs biens sacrés et leurs objets usuels en trésors, en or et en argent pour leurs coffres avant que les archéologues ne cherchent à en tirer d’utiles connaissances sur ces civilisations disparues. Comme visiteur intéressé par l’histoire autant que par l’art, j’aurais aimé que cette exposition fasse du choc humain et artistique de la conquête non pas un moments parmi d’autres d’une chronologie nationale, mais l’événement clé, destructeur et refondateur, qui aurait éclairé d’une lumière plus crue notre compréhesion de l’art du Pérou.  Sans vouloir jouer les gérants d’estrade, connaissant trop bien le travail gigantesque que demande une exposition de cette envergure, j’aurais souhaité une exposition instructive qui soit moins classiquement pédagogique et linéaire. L’expérience aurait été à mon avis plus marquante.

Jean-François Leclerc

Promenade estivale 1 : Photographier, pour s’approprier une exposition 17 juillet, 2011

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Voilà.  Le travail, les projets nombreux (dont Quartiers disparus, et 100 ans d’histoires. Raconte-moi Parc-Extension) ont laissé place aux vacances et à du temps pour, entre autres, visiter les expos des autres, pour laisser aller les idées, les impressions, les réflexions qui surgissent au gré des découvertes.

Plus que jamais, monsieur et madame tout le monde peut photographier tout et rien, à tout moment, sans préparation et, grâce aux téléphones, dans la plus grande discrétion. Pauvres gardiens de sécurité qui doivent exercer leur vigilance jusqu’à la crise de nerf.  Tous les visiteurs, aujourd’hui, sont des malfaiteurs en puissance.  Pour contenter son goût de souvenirs artistiques, il faut donc  jouer au délinquant candide, au risque de se faire apostropher plus ou moins gentiment comme lors d’une exposition rétrospective sur Louise Bourgeois au Centre Pompidou à Paris. 

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André Derain. Plage de Varengeville. Normandie. Musée des Beaux-Arts de Montréal

http://www.mbam.qc.ca/fr/provenance/oeuvre_262.html

Pour vous et moi, capter (sans flash, évidemment) un tableau, une sculpture ou quelques œuvres ou objet exposé dans un musée est un geste anodin mais important.  Cela nous permet de nous approprier un peu de l’œuvre, d’en rapporter un reflet imparfait et parfois même malhabile, de s’en inspirer, de s’en délecter au-delà des murs du musée et dans l’intimité de chez soi, ou encore d’en partager la découverte avec des amis.  Quelle meilleure manière de diffuser l’intérêt pour l’art et son histoire. 

Pour le quidam sans appareil sophistiqué  (la majorité d’entre nous), cet interdit de photographier des œuvres au musée nous rappelle une implacable réalité : une partie des grands trésors de l’humanité sont de propriété privée.  Mais comment alors, l’image numérique d’une œuvre prise par un visiteur pourrait-elle affecter de quelque manière le profit que son propriétaire pourrait en tirer?  Les droits les plus lucratifs ne sont-ils pas payés par les petits et grands médias, les institutions privées et publiques qui ne pourraient les contourner sans risque pour leur réputation et leurs deniers?  Le message de l’interdit vaut-il plus que les intérêts qu’il recouvre : ceci est une propriété privée?

Il ne s’agit pas ici de contester ce fait et les quelques risques réels mais limités de voir diffuser une image captée par un appareil professionnel). Il s’agit d’en souligner l’impact sur l’expérience du visiteur. Comme je le notais dans un blogue précédent sur nos comportements de consommateurs, versus de visiteurs de musée, le magasin a l’avantage d’offrir la possibilité de s’approprier l’objet de ses rêves et de ses désirs (moyennant quelques deniers!). Ce qui n’est pas le cas au musée, à moins qu’on se contente d’une publication, d’une carte postale ou d’une reproduction. Dans tous ces cas, le plaisir de la possession est reporté et se consomme avec un arrière-goût de saveur artificielle.  Lors d’une visite au Musée des Beaux-arts de Montréal en compagnie d’un ami qui n’apprécie par particulièrement la mode , je lui ai proposé de voir la collection permanente.  Bonne idée.  J’ai réalisé que le musée procédait à une rotation des œuvres, et surtout, qu’il avait intégré à sa collection des œuvres prêtées…qu’il  était permis de photographier!!! Dire que je me contorsionnais pour passer inaperçu.  Me voilà comblé et enfin possesseur de mes coups de cœur. Suite au prochain blogue!

Jean-François Leclerc

Muséologue

Aqua au Musée de la civilisation de Québec ou l’auteur masqué 21 novembre, 2010

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Le musée élabore par ses expositions et ses activités sa propre vision de notre monde. Il fait des choix thématiques, esthétiques et éditoriaux en tenant compte des contraintes matérielles qui ont aussi un impact sur son propos. D’une exposition à l’autre, il écrit un récit, le sien, et celui de la collectivité qu’il dessert, comme tout créateur, cinéaste, metteur en scène média. Mais rarement signe-t-il ouvertement ses créations ou du moins, expose-t-il ses valeurs et ses partis-pris. Candidement, il laisse croire que, par son entremise, le visiteur aura un accès direct et non médiatisé à la connaissance. Or la réalité est plus complexe et subtile.

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Source:  http://www.onedrop.org/fr/projects/projects-overview/AquaNorthProject/Aqua/Touring.aspx

Il y a quelque jours, au Musée de la civilisation de Québec, j’ai assisté au spectacle  AQUA : un voyage au cœur de l’eau dont « les projections à 360 degrés, la musique, les effets visuels et les installations d’eau – l’eau est entièrement recyclée – les transportent dans une aventure où ils sont à la fois acteurs et spectateurs », comme le mentionne le site du musée. Même si le sujet ne m’attirait pas particulièrement (que peut-on encore apprendre sur l’eau après 40 ans de combats écologiques), je serais un visiteur curieux disposé à être émerveillé et touché.

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 Source: http://www.carrefourdequebec.com

Le spectacle qu’on promettait immersif l’était effectivement, mais modestement en terme d’expérience et de technique. L’interactivité se résumait à porter une goutte de plastique lumineuse qui s’allumait ou s’éteignait au gré du récit (une bonne idée mais la goutte devenait un peu encombrante et inutile une fois le spectacle commencé). À un moment, la guide nous invitait aussi à glisser nos mains sur l’écran 360 degrés pour créer des vagues virtuelles (me reste un doute sur l’effet réel de nos agitations, puisque l’animation semblait déjà bien programmée). Un faux puits placé au centre de la salle laissait couler de l’eau, bien réelle celle-là, au rythme de la projection. Une narration bilingue, quelques titres, mots-clés et statistiques évoquaient l’accès de plus en plus difficile à l’eau dans bien des coins de la planète. 

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Source: http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/May2009/13/c3577.html

Au cœur de l’espace circulaire, nous étions plongés, c’est le cas de la dire, dans une succession d’images numériques d’eau en mouvement – au-dessus, en-dessous, dans les profondeurs, eau placide, troublée, agitée… Cette eau virtuelle était si pure, si bleue qu’on n’y trouvait pas trace des impuretés organiques de nos eaux trop terrestres. Cette image idéalisée se muait parfois en cloaque gris et brunâtre, tout aussi univoque, pour dramatiser les mises en garde sur la rareté de la ressource. Des silhouettes d’enfants s’évanouissaient les unes après les autres dans un nuage de fumée, illustrant l’impact dramatique de la pollution humaine et industrielle sur la mortalité infantile. 

Au cours du spectacle d’environ 20 minutes, je fus effectivement immergé, comme l’annonçait le musée, dans un sentiment de…vide! Cette production léchée aux messages convenus avait toute l’allure d’une publicité humanitaire.  Elle tranchait avec le souci habituel du musée de la civilisation d’expliquer, de débattre et de comprendre. Mon malaise n’était pas seulement une question d’humeur du jour. Le discret panneau de crédits le confirma : le spectacle était une production de la Fondation One Drop de Guy Laliberté, du Cirque du Soleil. Ce spectacle numérique présentait le même caractère universel, poétiquement apolitique, léché visuellement et neutralisé que l’esthétique du célèbre cirque. La Fondation One Drop avait assumé pleinement son message et sa manière de le transmettre. J’aurais aimé que le Musée l’annonce de manière plus…limpide.

Jean-François Leclerc

Muséologue

Audio-visuel et objets : une compétition gagnée d’avance ? 27 octobre, 2010

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Au retour de la ville de Québec, où j’étais il y a une semaine pour un congrès de la Société des musées québécois. J’ai récolté des observations qui m’ont inspiré quelques réflexions, que je livrerai dans les prochains jours.

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Mais commençons par le thème principal de notre blogue : l’exposition. Le Musée de la civilisation présente depuis quelques mois et jusqu’au 13 mars 2011, l’exposition RIFF. Quand l’Afrique fait vibrer les Amériques, une expérience audio-visuelle intéressante et riche en contenu musical et en objets. Le thème se prête à l’exploration de musiques les plus diverses, des percussions africaines au rock québécois. Une fois les écouteurs bien installés sur les oreilles grâce aux consignes de gentilles bénévoles de Québec, la musique nous amène à travers l’histoire des courants musicaux issus des rythmes et musiques introduites dans les Amériques par les populations déplacées par le commerce des esclaves.

http://www.mcq.org/riff/#/apropos/

J’ai visité l’exposition avec Karen Worcman, fondatrice du Museu da pessoa, de Sao Paulo. Un superbe documentaire projeté sur plusieurs écrans introduit l’exposition. Très bien monté et captivant.  Trop captivant ! En une bonne quinzaine de minutes et plus, tout était nommé, montré, dit, archives visuelles et sonores en abondances pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Un autre espace au look de lounge psychédélique rétro nous servait sur écran des concerts et prestations musicales en quantité. Une fois terminé, nous quittions les confortables espaces de projection à regret, pour continuer la visite. Des grandes vitrines présentaient, avec accompagnement musical, des instruments fétiches ou des reliques vestimentaires de vedettes de divers courants musicaux tels Michael Jackson et Elvis Presley, mais aussi des stars d’ici comme Jerry Boulet. L’impact ? Par comparaison avec les images en mouvement qui précédaient, si captivantes pour tout être humain un peu normal, les objets semblaient morts, vidés de leur sens, ne servant plus qu’à attester l’existence de leurs propriétaires dans le monde matériel. Pour celui qui n’est pas un fan ému de voir des reliques, ces objets bien disposés, sagement et respectueusement disposés, semblaient ne plus avoir rien à nous raconter, rien de plus du moins.

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Pourquoi ? Il y a évidemment l’intérêt mitigé de celui qui écrit pour les objets en soi. Mais néanmoins, comme il en faut plus pour me convaincre, j’aurais aimé que les objets contribuent à mon plaisir autant que le reste. J’ai eu l’impression qu’une fois de plus, dans la mise en scène de l’objet par l’audio-visuel, c’était encore le second qui l’avait emporté sur le premier. Dommage. Existe-il une forme de médiation qui aurait permis de sortir ces objets fétiches, rarement rassemblés, de leur écorce mortifère et de leur rendre la vie et la parole, ou du moins, comme le promettait le musée, de nous faire traverser « temps et culture à travers (ces) divers véhicules » ?  Une captivante et riche exposition qui sur ce plan, laisse croire que ce défi demeure entier.

Jean-François Leclerc

Montréal et la mode ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels – la signalisation 6 octobre, 2010

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Nouvelle expérience d’exposition dans une galerie marchande.  Le hasard ou la nature du sujet lui-même, ont voulu que cette exposition soit présentée par le Musée du costume et du textile du Québec.  Le « Musée sort ses griffes » joli jeu de mots sur les pièces signées qui exprime aussi, j’imagine, la volonté de ce musée confiné dans une maison historique de Saint-Lambert sur la rive sud de Montréal, de sortir de ses murs et de…ses gonds.

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Le musée hors ses murs, voilà un défi stimulant comme je l’ai mentionné précédemment. L’exposition du Centre Eaton met en évidence par ses excès, peut-être, ce que celle à la place Ville-Marie faisait pas défaut, soit l’importance de se faire remarquer lorsque le lieu d’exposition est un espace surchargé de stimuli commerciaux et de déambulations pressées.  Le moyen?  Une signalisation qui joue non pas sur le dépouillement et le raffinement comme on pourrait s’attendre d’un sujet comme la mode des grands couturiers québécois, mais sur la saturation des signes, des couleurs, des mots.  De la porte aux allées, jusqu’aux colonnes, pas possible de la manquer.  Elle frappe fort, très fort. 

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Elle tapisse l’entrée, couvre une partie du sol, on la foule en montant les escaliers…L’exposition quant à elle prend place dans de belles vitrines, les vêtements sont installés élégamment, cela va de soit pour une exposition sur la mode, et dans certains cas, accompagnés de clips vidéos où les concepteurs de mode parlent de leur métier et de leurs créations. Chic et de bon goût, bien fait. 

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Est-ce que le public s’arrête ?  Lors de mon passage (un peu rapide, je l’avoue, une vingtaine de minutes), j’étais le seul à le faire. Comme tel, je me permettrai donc une opinion toute aussi solitaire en supposant qu’elle peut ressembler à celle d’autres visiteurs. La signalisation de l’exposition était finalement plus exubérante que l’exposition elle-même. Son graphisme multicolore et survolté avait peut-être le défaut de noyer le message de mots et de signes difficiles à décoder dans l’abondance de ceux qui encombrent les galeries marchandes. De plus, il manquait peut-être, comme je l’ai déjà signalé, un atout important pour nous orienter efficacement: une présence bien humaine pour nous accueillir, nous informer.

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 Après avoir franchi les portes du Centre Eaton sur la rue Sainte-Catherine, et avoir suivi pendant quelques mètres la signalisation sur le sol et sur les colonnes, je n’avais pu après quelques minutes trouver le début de l’exposition.  Que devais-je chercher ? Des panneaux ? Des vitrines ? Un lieu où serait concentré le mobilier d’exposition ? Des modules dispersés ? Sur laquelle des trois ou quatre mezzanines ? Perplexe, je revins sur mes pas pour aller au comptoir d’information.  « Madame, pardon, je cherche l’exposition ».  « Quelle exposition », me répondit-elle sans sourire. Je lui montrai la grande bannière qui surplombait sa tête.  « Ha.  Elle est plus loin, un peu partout. ». Sans plus. Mon intérêt pour l’exposition venait de diminuer et ce, malgré toutes les couleurs et tous les signes qui, sur mon chemin, avaient tenté de me convaincre. 

Jean-François Leclerc

Muséologue

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« Montréal et la mode » ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels 19 juillet, 2010

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Montréal comme d’autres villes, du moins je le présume, voit depuis plusieurs années le médium exposition sortir des musées pour s’insérer dans la vie quotidienne des citadins, dans ses rues, sur ses places publiques ou dans des espaces commerciaux. Qu’on le veuille ou non, le médium exposition n’appartient par qu’aux musées, galeries et lieux d’exposition patentés.  Mes escapades estivales m’ont ainsi amené à l’exposition Montréal et la mode : tant d’années on défilé, dont on annonçait la présentation dans la « Galerie place Ville-Marie ». Le communiqué décrivait une exposition ambitieuse : « De la fourrure à la mode pour enfants, Montréal a su s’imposer au cours des dernières décennies comme un pôle essentiel dans le secteur manufacturier de la mode. Outre ce volet, l’exposition retrace également l’époque des grands magasins qui ont façonné le visage de la rue Sainte-Catherine, les premiers couturiers, les boutiques de patrons, les success stories comme Browns, Le Château et Reitmans et les incontournables comme Ogilvy et Dupuis et Frères, pour ne nommer que ceux-là. » Voilà une belle idée, car s’il y a un thème négligé dans notre histoire urbaine et culturelle, c’est bien celui-là, comme l’est encore la mise en valeur de son patrimoine (la vente et le don de la collection du Centre national du costume dans l’indifférence générale, il y a trois ans, à un moment de crise de l’industrie du cinéma, en fut le triste exemple. Fondé entre autres par le créateur François Barbeau et dirigé pendant longtemps par Denyse Clermont, aujourd’hui à Culture pour tous, cet organisme avait constitué une grande collection de costumes de tous les jours pour les films et le théâtre.  Comme membre du c.a., je fus témoin de cette fin douloureuse.)  

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Disons tout de suite que pour ce que j’en ai vu, la facture de l’exposition est sobre et élégante, et ses textes courts, bien écrits et informatifs, comme il se doit.  Elle est surtout composée de panneaux montrant des photos d’archives, des portraits de créateurs et de créations, toutes de grande dimension. L’expérience de visite confirme, s’il le faut encore, combien l’exposition et son lieu sont un couple indissociable dont la dissonance peut causer quelques problèmes au visiteur. On me pardonnera de ne pas fréquenter les souterrains commerciaux de Montreal, une de ses attractions touristiques semble-t-il, mais je croyais que la « galerie Ville-Marie» en était une véritable. Pas du tout. Il s’agit en fait des larges couloirs situés sous la place Ville-Marie et bordés de commerces plus ou moins chics les plus diversifiés.

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On nous annonçait que l’exposition y prenait place dans sept lieux. En fait, elle se dispersait sur les colonnes qui parsemaient le couloir, sur les mezzanines surplombant les comptoirs alimentaires et les espace de repas. Un des thèmes, (peut-être plus), prenait place dans un espace commercial inoccupé consacré à l’histoire du magazine Clin d’œil à travers l’exposition de ses couvertures surdimensionnées et de quelques archives plus anciennes, notamment sur la chapelière et modiste Yvette Brillon. Faute de plan, l’éclatement de l’exposition a eu raison de mon intérêt, comme l’attention acrobatique qu’exigeait la contemplation des photos des mezzanines, de même que la chronologie historique désarticulée et par conséquent déroutante pour un néophyte de la mode. Faute d’orientation, peu intéressé à fréquenter pendant des heures un couloir commercial et à paraître un peu hurluberlu lorsque je m’arrêtais au milieu des consommateurs pour regarder les grandes images accrochées en hauteur, j’ai déclaré forfait après une demie heure et sans avoir vu le cinquième de ce qu’on me proposait. 

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Quoiqu’on n’y pense pas spontanément, l’exposition est aussi une expérience de l’espace dont l’architecture (espace ouvert, intime, écrasant, ou labyrinthique etc.) et son impact physique déterminent plus qu’on le croit les perceptions du visiteur. Les musées et autres lieux dédiés en permanence aux expositions doivent aussi composer avec des contraintes architecturales. Le défi est toujours d’utiliser ces contraintes pour soutenir l’atmosphère esthétique, rédactionnelle, visuelle et scénique de l’exposition tout au long du parcours. L’accessibilité et le confort physique de l’exposition demeurent incontournables – niveau du regard, lisibilité des textes, postures de lecture et de contemplation, limitation des nuisances sonores et autres, de même qu’une signalisation d’introduction pour faire comprendre au visiteur les règles et paramètres de l’expérience proposée. L’expérience démontre que parfois, la présence de personnel d’accueil est essentielle pour orienter le visiteur.

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La dite « Galerie » est d’abord un espace commercial, voilà ce qui constitue sa force et son principal défaut comme lieu inhabituel d’exposition. Si l’idée de l’investir est excellente, l’intention sous-jacente au projet était probablement de favoriser la déambulation et le contact avec l’autre exposition, commerciale celle-là. Il semble que cette louable intention ait poussé un peu trop loin son intégration aux lieux, au point de la déstructurer et d’en faire à certains moments un simple décor. S’il faut continuer à retrouver à Montréal de telles expériences, oser choisir des lieux inédits et fréquentés, il faudrait le faire cependant avec toutes les précautions que cela demande. En somme, pour les concepteurs mais surtout pour les gestionnaires immobiliers qui les appuient, cela signifie que l’exposition doit oser affirmer sa présence dans l’espace et auprès de ses usagers habituels, en lui imposant lorsqu’il le faut, les conditions nécessaires pour atteindre ses objectifs de communication. À suivre !

Jean-François Leclerc

Muséologue

À l’ombre des expositions temporaires: les expositions permanentes 4 janvier, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'histoire de Montréal,commentaire collection beaux-arts,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,exposition,Exposition permanente,John William Waterhouse,musée,Musée des Beaux-Arts de Montréal,Musées d'histoire,muséologie,opinions exposition , commentaires desactivés

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Le monde des musées nous a habitués au glamour des expositions temporaires.  Ici comme ailleurs, on se déplace, on court voir ce qui nous est présenté comme incontournable et qui ne reviendra pas.  L’exposition temporaire mérite donc toutes les attentions du musée, ses efforts de marketing et de mise en scène du sujet.  

Pour le visiteur pressé que nous sommes, avec tant de choses à faire, deux heures max au musée, puis on magasine, on sort, ou on rentre faire le souper ou le ménage…C’est à peine si nous jetons un oeil sur la permanente. 

Mes vacances me permettaient enfin de m’offrir une trop rare visite libre dans un musée. Cette fois encore, un musée d’art, le Musée des beaux-arts de Montréal, moi aussi pour une exposition sur le peintre anglais John William Waterhouse.  La muséographie est comme toujours élégante et sert bien l’imagerie séduisante du peintre, sa palette colorée et son coup de pinceau très lisse. Le tout est on ne peut plus lisible et accessible à tous les publics. Il est probable qu’un certain public y trouvera même des harmonies involontaires avec l’univers ésotérico-antique-onirique des jeux vidéos qui marquent la culture populaire depuis de nombreuses années au point de se transposer au cinéma.

Le musée d’art offre ce que le musée d’histoire et de société a plus de difficulté à donner : l’expérience de la contemplation. Qu’on la comprenne ou pas, qu’on se méprenne sur l’œuvre ou pas, l’exposition d’art se donne à une observation libre qui ne demande pas à être confirmée. Le texte est présent, bien présent, (de plus en plus d’ailleurs), très prisé par les visiteurs qui s’agglutinent devant les panneaux d’introduction aux salles, mais à la limite facultatif pour celui ou celle qui souhaite se plonger dans cet univers visuel avec les quelques clés de compréhensions sommaires glanées dans le programme du  musée, la publicité ou les commentaires de proches et d’amis. Le musée d’histoire, quant à lui, a besoin du texte pour s’exprimer. Pour explorer l’exposition, le visiteur doit accepter de manier plusieurs outils, qu’on lui souhaite les plus conviviaux possibles. Le texte est un incontournable, car aucun objet, aucune image ou collection d’images ne suffiraient à rendre la complexité d’une époque ou d’un personnage. Cela peut éloigner bien des visiteurs qui n’aiment pas lire ou du moins, dans ces moments de loisir.

Mais venons-en au thème évoqué par le titre, les expositions permanentes, sujet que cette visite du MBA a remis en évidence pour moi. Dans la plupart des musées, mais encore plus dans les musées d’art, les expositions permanentes témoignent de l’histoire de la collection avec ses aléas, les goûts des donateurs et conservateurs successifs et d’une certaine vision de l’histoire de l’art.  Dans le cas des musées d’histoire ou de science, où au mieux ces expositions se renouvellent à tous les 8 ou 10 ans, au pire, à tous les vingt ans, elles présentent une vision du monde datée, en décalage avec les savoirs qui les fondent, ceux-là évoluant sans cesse au gré de la recherche et des débats qui animent les disciplines des sciences humaines et des sciences.  

Les expositions permanentes sont pourtant à mon avis, ou devraient être, une signature de l’institution.  Moins soumises aux aléas de la mode et des engouements populaires, elles devraient exposer la vision du monde du musée, ou du moins, son interprétation des savoirs disciplinaires.. Ce n’est pas toujours le cas. Voilà pourquoi, peut-être, les expositions permanentes d’art semblent si souvent impersonnelles et étonnamment aphones comparées aux temporaires. Pour l’amateur, le plaisir n’est pas moindre, car les œuvres sont là. Pourtant, le passage de la temporaire à la permanente crée l’impression de sortir d’une salle de fête où on est accueillis, accompagnés par un guide à l’intelligence vive, émouvant, avec de quoi boire et manger, pour entrer dans le vaste appartement d’un riche oncle neurasthénique et mal aimé qui accroche ses trésors sans les voir, qui les étale par époque sans comprendre ou nous faire comprendre ses choix, qui nous laisse les clés du lieu pour aller se recoucher aussitôt, en nous demandant de les replacer au retour.  Belle liberté qui nous incite à passer en trombe d’une salle à l’autre en toute vitesse avec pour seule compagnie les inévitables gardiens de la sécurité des œuvres et des droits d’auteur numériques…

Pourquoi une exposition permanente dans un musée d’art ne pourrait appliquer à sa collection permanente le même soin de séduire, d’expliquer et de convaincre que pour ses temporaires?  Pourquoi ne pourrait-elle oser nous offrir sa vision de l’histoire de l’art – forcément éphémère et en évolution, en renouvelant périodiquement son approche? Peut-être alors serait-t-il plus facile de convaincre le public friand de nouveautés de les fréquenter. Pour nos musées d’histoire contemporains, très muséographiés et interactifs, il faudra aussi trouver le moyen de créer des expositions permanentes qui pourraient traduire le mouvement de l’expérience et de la pensée de l’institution et de notre discipline de base.  Ceci plus souvent qu’aux dix ans.

Jean-François Leclerc

Historien et muséologue

Centre d’histoire de Montréal

Exposer = pasteuriser la vie 17 novembre, 2009

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,Exposition,Matérialité,opinions exposition,Pirates,Pointe-à-Callière,Pureté , ajouter un commentaire

expositionpiratespcallire.jpggpirates2.jpg Images tirées de:  http://www.pacmusee.qc.ca/pages/Expositions/temporaires/

Une visite de l’exposition Pirates, corsaires et flibustiers du musée Pointe-à-Callière, m’a rappelé une observation que je me fais fréquemment.   

Un des modules d’exposition nous montrait le processus de dégradation de l’eau potable sur un navire.  D’un contenant à l’autre, l’eau encapsulée se peuplait de petits êtres et prenait des couleurs peu appétissantes.  Simple mais efficace moyen de montrer concrètement les « conditions de travail » difficiles des marins et des pirates.  Mais à part ce procédé discret et parlant, tout le reste du thème était traité très proprement, comme dans ces livres pour enfants où la réalité est si joliment dessinée que tout devient beau et agréable, quelle que soit l’objet ou le thème abordés.

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Tout ceci n’a rien d’exceptionnel.  La plupart des expositions font de même.  Nous essayons en effet de recréer l’illusion du réel et d’en évoquer les apparences en prenant ses habits sans assumer son caractère imparfait, charnel, odorant et impur.  Dans nos expositions, l’humaine condition se détache soudain de sa matérialité pour devenir spectacle et objet de contemplation esthétique.  La graphisme et le design y contribuent grandement, comme les matériaux bien assemblés et polis qui servent de support aux images, textes et objets. 

Toutes nos histoires deviennent alors des contes pour adultes qui au mieux, touchent ou informent, mais rarement remettent en contact avec la réalité évoquée.  Comme au théâtre, ce contact passe par la vue, l’esprit et le coeur mais bien peu par le corps du visiteur qui traverse nos représentations de son monde et de son passé, comme un fantôme déambule sur les lieux qu’il a jadis habités sans pouvoir jamais les toucher.  Si peu retrouve-t-il l’expérience de la matérialité pas toujours confortable qu’il vit au quotidien. 

On pourrait dire qu’en général, l’exposition « plastine » la réalité, comme le Dr Von Hagens le fait avec les corps.  Elle l’exprime en la transcendant, comme tout art cherche à le faire.  Mais ce faisant, ne perd-elle pas ce qui pourrait la différencier des autres médias de communication, ne s’éloigne-t-elle pas de ce contact direct que permettrait la matière et l’objet authentiques dont elle a hérités ainsi que l’espace et les trois dimensions de son lieu muséal? 

 Lorsque les critiques du musée le dénonçaient jadis comme un cimetière et un reposoir, ne faisait-il que décrier ses méthodes dépassées et ses moyens de communication désuets, ou touchaient-ils avec justesse cette relation distancée du musée avec la vie?  Peut-il en être autrement? Le visiteur, dans le théâtre muséal qui transforme le chose la plus banale en attraction, ne souhaite-t-il pas qu’on le sorte de son destin de mortel pour le projeter pendant quelques minutes dans un quotidien transfiguré?  Peut-être. 

Que l’eau continue donc à croupir, emprisonnée dans quelques capsules de verre, afin que nos expositions demeurent bien protégées de la vie comme de la mort. 

Jean-François Leclerc

Centre d’histoire de Montréal

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