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Montréal et la mode ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels – la signalisation 6 octobre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'exposition Eaton,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,Histoire de la mode,Mode,musée,Musée du costume,muséologie,opinions exposition , 1 commentaire

Nouvelle expérience d’exposition dans une galerie marchande.  Le hasard ou la nature du sujet lui-même, ont voulu que cette exposition soit présentée par le Musée du costume et du textile du Québec.  Le « Musée sort ses griffes » joli jeu de mots sur les pièces signées qui exprime aussi, j’imagine, la volonté de ce musée confiné dans une maison historique de Saint-Lambert sur la rive sud de Montréal, de sortir de ses murs et de…ses gonds.

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Le musée hors ses murs, voilà un défi stimulant comme je l’ai mentionné précédemment. L’exposition du Centre Eaton met en évidence par ses excès, peut-être, ce que celle à la place Ville-Marie faisait pas défaut, soit l’importance de se faire remarquer lorsque le lieu d’exposition est un espace surchargé de stimuli commerciaux et de déambulations pressées.  Le moyen?  Une signalisation qui joue non pas sur le dépouillement et le raffinement comme on pourrait s’attendre d’un sujet comme la mode des grands couturiers québécois, mais sur la saturation des signes, des couleurs, des mots.  De la porte aux allées, jusqu’aux colonnes, pas possible de la manquer.  Elle frappe fort, très fort. 

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Elle tapisse l’entrée, couvre une partie du sol, on la foule en montant les escaliers…L’exposition quant à elle prend place dans de belles vitrines, les vêtements sont installés élégamment, cela va de soit pour une exposition sur la mode, et dans certains cas, accompagnés de clips vidéos où les concepteurs de mode parlent de leur métier et de leurs créations. Chic et de bon goût, bien fait. 

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Est-ce que le public s’arrête ?  Lors de mon passage (un peu rapide, je l’avoue, une vingtaine de minutes), j’étais le seul à le faire. Comme tel, je me permettrai donc une opinion toute aussi solitaire en supposant qu’elle peut ressembler à celle d’autres visiteurs. La signalisation de l’exposition était finalement plus exubérante que l’exposition elle-même. Son graphisme multicolore et survolté avait peut-être le défaut de noyer le message de mots et de signes difficiles à décoder dans l’abondance de ceux qui encombrent les galeries marchandes. De plus, il manquait peut-être, comme je l’ai déjà signalé, un atout important pour nous orienter efficacement: une présence bien humaine pour nous accueillir, nous informer.

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 Après avoir franchi les portes du Centre Eaton sur la rue Sainte-Catherine, et avoir suivi pendant quelques mètres la signalisation sur le sol et sur les colonnes, je n’avais pu après quelques minutes trouver le début de l’exposition.  Que devais-je chercher ? Des panneaux ? Des vitrines ? Un lieu où serait concentré le mobilier d’exposition ? Des modules dispersés ? Sur laquelle des trois ou quatre mezzanines ? Perplexe, je revins sur mes pas pour aller au comptoir d’information.  « Madame, pardon, je cherche l’exposition ».  « Quelle exposition », me répondit-elle sans sourire. Je lui montrai la grande bannière qui surplombait sa tête.  « Ha.  Elle est plus loin, un peu partout. ». Sans plus. Mon intérêt pour l’exposition venait de diminuer et ce, malgré toutes les couleurs et tous les signes qui, sur mon chemin, avaient tenté de me convaincre. 

Jean-François Leclerc

Muséologue

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« Montréal et la mode » ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels 19 juillet, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,Consommateur,expérience expositions,exposition,Exposition d'histoire,Expositions hors musée,Galerie Place-Ville-Marie,Histoire de la mode,Mode,Montréal et la mode,muséologie,opinions exposition,Yvette Brillon , ajouter un commentaire

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Montréal comme d’autres villes, du moins je le présume, voit depuis plusieurs années le médium exposition sortir des musées pour s’insérer dans la vie quotidienne des citadins, dans ses rues, sur ses places publiques ou dans des espaces commerciaux. Qu’on le veuille ou non, le médium exposition n’appartient par qu’aux musées, galeries et lieux d’exposition patentés.  Mes escapades estivales m’ont ainsi amené à l’exposition Montréal et la mode : tant d’années on défilé, dont on annonçait la présentation dans la « Galerie place Ville-Marie ». Le communiqué décrivait une exposition ambitieuse : « De la fourrure à la mode pour enfants, Montréal a su s’imposer au cours des dernières décennies comme un pôle essentiel dans le secteur manufacturier de la mode. Outre ce volet, l’exposition retrace également l’époque des grands magasins qui ont façonné le visage de la rue Sainte-Catherine, les premiers couturiers, les boutiques de patrons, les success stories comme Browns, Le Château et Reitmans et les incontournables comme Ogilvy et Dupuis et Frères, pour ne nommer que ceux-là. » Voilà une belle idée, car s’il y a un thème négligé dans notre histoire urbaine et culturelle, c’est bien celui-là, comme l’est encore la mise en valeur de son patrimoine (la vente et le don de la collection du Centre national du costume dans l’indifférence générale, il y a trois ans, à un moment de crise de l’industrie du cinéma, en fut le triste exemple. Fondé entre autres par le créateur François Barbeau et dirigé pendant longtemps par Denyse Clermont, aujourd’hui à Culture pour tous, cet organisme avait constitué une grande collection de costumes de tous les jours pour les films et le théâtre.  Comme membre du c.a., je fus témoin de cette fin douloureuse.)  

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Disons tout de suite que pour ce que j’en ai vu, la facture de l’exposition est sobre et élégante, et ses textes courts, bien écrits et informatifs, comme il se doit.  Elle est surtout composée de panneaux montrant des photos d’archives, des portraits de créateurs et de créations, toutes de grande dimension. L’expérience de visite confirme, s’il le faut encore, combien l’exposition et son lieu sont un couple indissociable dont la dissonance peut causer quelques problèmes au visiteur. On me pardonnera de ne pas fréquenter les souterrains commerciaux de Montreal, une de ses attractions touristiques semble-t-il, mais je croyais que la « galerie Ville-Marie» en était une véritable. Pas du tout. Il s’agit en fait des larges couloirs situés sous la place Ville-Marie et bordés de commerces plus ou moins chics les plus diversifiés.

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On nous annonçait que l’exposition y prenait place dans sept lieux. En fait, elle se dispersait sur les colonnes qui parsemaient le couloir, sur les mezzanines surplombant les comptoirs alimentaires et les espace de repas. Un des thèmes, (peut-être plus), prenait place dans un espace commercial inoccupé consacré à l’histoire du magazine Clin d’œil à travers l’exposition de ses couvertures surdimensionnées et de quelques archives plus anciennes, notamment sur la chapelière et modiste Yvette Brillon. Faute de plan, l’éclatement de l’exposition a eu raison de mon intérêt, comme l’attention acrobatique qu’exigeait la contemplation des photos des mezzanines, de même que la chronologie historique désarticulée et par conséquent déroutante pour un néophyte de la mode. Faute d’orientation, peu intéressé à fréquenter pendant des heures un couloir commercial et à paraître un peu hurluberlu lorsque je m’arrêtais au milieu des consommateurs pour regarder les grandes images accrochées en hauteur, j’ai déclaré forfait après une demie heure et sans avoir vu le cinquième de ce qu’on me proposait. 

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Quoiqu’on n’y pense pas spontanément, l’exposition est aussi une expérience de l’espace dont l’architecture (espace ouvert, intime, écrasant, ou labyrinthique etc.) et son impact physique déterminent plus qu’on le croit les perceptions du visiteur. Les musées et autres lieux dédiés en permanence aux expositions doivent aussi composer avec des contraintes architecturales. Le défi est toujours d’utiliser ces contraintes pour soutenir l’atmosphère esthétique, rédactionnelle, visuelle et scénique de l’exposition tout au long du parcours. L’accessibilité et le confort physique de l’exposition demeurent incontournables – niveau du regard, lisibilité des textes, postures de lecture et de contemplation, limitation des nuisances sonores et autres, de même qu’une signalisation d’introduction pour faire comprendre au visiteur les règles et paramètres de l’expérience proposée. L’expérience démontre que parfois, la présence de personnel d’accueil est essentielle pour orienter le visiteur.

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La dite « Galerie » est d’abord un espace commercial, voilà ce qui constitue sa force et son principal défaut comme lieu inhabituel d’exposition. Si l’idée de l’investir est excellente, l’intention sous-jacente au projet était probablement de favoriser la déambulation et le contact avec l’autre exposition, commerciale celle-là. Il semble que cette louable intention ait poussé un peu trop loin son intégration aux lieux, au point de la déstructurer et d’en faire à certains moments un simple décor. S’il faut continuer à retrouver à Montréal de telles expériences, oser choisir des lieux inédits et fréquentés, il faudrait le faire cependant avec toutes les précautions que cela demande. En somme, pour les concepteurs mais surtout pour les gestionnaires immobiliers qui les appuient, cela signifie que l’exposition doit oser affirmer sa présence dans l’espace et auprès de ses usagers habituels, en lui imposant lorsqu’il le faut, les conditions nécessaires pour atteindre ses objectifs de communication. À suivre !

Jean-François Leclerc

Muséologue

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