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Aqua au Musée de la civilisation de Québec ou l’auteur masqué 21 novembre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Aqua,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,Multimédia,Musée de la civilisation,muséologie,One Drop , ajouter un commentaire

Le musée élabore par ses expositions et ses activités sa propre vision de notre monde. Il fait des choix thématiques, esthétiques et éditoriaux en tenant compte des contraintes matérielles qui ont aussi un impact sur son propos. D’une exposition à l’autre, il écrit un récit, le sien, et celui de la collectivité qu’il dessert, comme tout créateur, cinéaste, metteur en scène média. Mais rarement signe-t-il ouvertement ses créations ou du moins, expose-t-il ses valeurs et ses partis-pris. Candidement, il laisse croire que, par son entremise, le visiteur aura un accès direct et non médiatisé à la connaissance. Or la réalité est plus complexe et subtile.

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Source:  http://www.onedrop.org/fr/projects/projects-overview/AquaNorthProject/Aqua/Touring.aspx

Il y a quelque jours, au Musée de la civilisation de Québec, j’ai assisté au spectacle  AQUA : un voyage au cœur de l’eau dont « les projections à 360 degrés, la musique, les effets visuels et les installations d’eau – l’eau est entièrement recyclée – les transportent dans une aventure où ils sont à la fois acteurs et spectateurs », comme le mentionne le site du musée. Même si le sujet ne m’attirait pas particulièrement (que peut-on encore apprendre sur l’eau après 40 ans de combats écologiques), je serais un visiteur curieux disposé à être émerveillé et touché.

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 Source: http://www.carrefourdequebec.com

Le spectacle qu’on promettait immersif l’était effectivement, mais modestement en terme d’expérience et de technique. L’interactivité se résumait à porter une goutte de plastique lumineuse qui s’allumait ou s’éteignait au gré du récit (une bonne idée mais la goutte devenait un peu encombrante et inutile une fois le spectacle commencé). À un moment, la guide nous invitait aussi à glisser nos mains sur l’écran 360 degrés pour créer des vagues virtuelles (me reste un doute sur l’effet réel de nos agitations, puisque l’animation semblait déjà bien programmée). Un faux puits placé au centre de la salle laissait couler de l’eau, bien réelle celle-là, au rythme de la projection. Une narration bilingue, quelques titres, mots-clés et statistiques évoquaient l’accès de plus en plus difficile à l’eau dans bien des coins de la planète. 

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Source: http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/May2009/13/c3577.html

Au cœur de l’espace circulaire, nous étions plongés, c’est le cas de la dire, dans une succession d’images numériques d’eau en mouvement – au-dessus, en-dessous, dans les profondeurs, eau placide, troublée, agitée… Cette eau virtuelle était si pure, si bleue qu’on n’y trouvait pas trace des impuretés organiques de nos eaux trop terrestres. Cette image idéalisée se muait parfois en cloaque gris et brunâtre, tout aussi univoque, pour dramatiser les mises en garde sur la rareté de la ressource. Des silhouettes d’enfants s’évanouissaient les unes après les autres dans un nuage de fumée, illustrant l’impact dramatique de la pollution humaine et industrielle sur la mortalité infantile. 

Au cours du spectacle d’environ 20 minutes, je fus effectivement immergé, comme l’annonçait le musée, dans un sentiment de…vide! Cette production léchée aux messages convenus avait toute l’allure d’une publicité humanitaire.  Elle tranchait avec le souci habituel du musée de la civilisation d’expliquer, de débattre et de comprendre. Mon malaise n’était pas seulement une question d’humeur du jour. Le discret panneau de crédits le confirma : le spectacle était une production de la Fondation One Drop de Guy Laliberté, du Cirque du Soleil. Ce spectacle numérique présentait le même caractère universel, poétiquement apolitique, léché visuellement et neutralisé que l’esthétique du célèbre cirque. La Fondation One Drop avait assumé pleinement son message et sa manière de le transmettre. J’aurais aimé que le Musée l’annonce de manière plus…limpide.

Jean-François Leclerc

Muséologue

Audio-visuel et objets : une compétition gagnée d’avance ? 27 octobre, 2010

Posté par francolec dans : Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,exposition,Musée de la civilisation,muséologie,Objets,opinions exposition,Riff , ajouter un commentaire

Au retour de la ville de Québec, où j’étais il y a une semaine pour un congrès de la Société des musées québécois. J’ai récolté des observations qui m’ont inspiré quelques réflexions, que je livrerai dans les prochains jours.

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Mais commençons par le thème principal de notre blogue : l’exposition. Le Musée de la civilisation présente depuis quelques mois et jusqu’au 13 mars 2011, l’exposition RIFF. Quand l’Afrique fait vibrer les Amériques, une expérience audio-visuelle intéressante et riche en contenu musical et en objets. Le thème se prête à l’exploration de musiques les plus diverses, des percussions africaines au rock québécois. Une fois les écouteurs bien installés sur les oreilles grâce aux consignes de gentilles bénévoles de Québec, la musique nous amène à travers l’histoire des courants musicaux issus des rythmes et musiques introduites dans les Amériques par les populations déplacées par le commerce des esclaves.

http://www.mcq.org/riff/#/apropos/

J’ai visité l’exposition avec Karen Worcman, fondatrice du Museu da pessoa, de Sao Paulo. Un superbe documentaire projeté sur plusieurs écrans introduit l’exposition. Très bien monté et captivant.  Trop captivant ! En une bonne quinzaine de minutes et plus, tout était nommé, montré, dit, archives visuelles et sonores en abondances pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Un autre espace au look de lounge psychédélique rétro nous servait sur écran des concerts et prestations musicales en quantité. Une fois terminé, nous quittions les confortables espaces de projection à regret, pour continuer la visite. Des grandes vitrines présentaient, avec accompagnement musical, des instruments fétiches ou des reliques vestimentaires de vedettes de divers courants musicaux tels Michael Jackson et Elvis Presley, mais aussi des stars d’ici comme Jerry Boulet. L’impact ? Par comparaison avec les images en mouvement qui précédaient, si captivantes pour tout être humain un peu normal, les objets semblaient morts, vidés de leur sens, ne servant plus qu’à attester l’existence de leurs propriétaires dans le monde matériel. Pour celui qui n’est pas un fan ému de voir des reliques, ces objets bien disposés, sagement et respectueusement disposés, semblaient ne plus avoir rien à nous raconter, rien de plus du moins.

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Pourquoi ? Il y a évidemment l’intérêt mitigé de celui qui écrit pour les objets en soi. Mais néanmoins, comme il en faut plus pour me convaincre, j’aurais aimé que les objets contribuent à mon plaisir autant que le reste. J’ai eu l’impression qu’une fois de plus, dans la mise en scène de l’objet par l’audio-visuel, c’était encore le second qui l’avait emporté sur le premier. Dommage. Existe-il une forme de médiation qui aurait permis de sortir ces objets fétiches, rarement rassemblés, de leur écorce mortifère et de leur rendre la vie et la parole, ou du moins, comme le promettait le musée, de nous faire traverser « temps et culture à travers (ces) divers véhicules » ?  Une captivante et riche exposition qui sur ce plan, laisse croire que ce défi demeure entier.

Jean-François Leclerc

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