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Muséologie cubaine et perplexité touristique 15 mars, 2011

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Cuba,Musées cubains,Tradition muséale , ajouter un commentaire

On ne va pas à Cuba pour ses musées, mais difficile pour un touriste de ne pas s’y retrouver au moins une fois, question de couper un peu le farniente du tout compris. Cette fois, le MUSEO FARMACÉUTICO et le MUSÉE PROVINCIAL DE MATANZAS. Matanzas est une petite ville dortoir (selon une cubaine de l’endroit), située entre Varadero (à quarante minutes) et La Havane. Autrefois favorisée par l’économie sucrière, elle est aujourd’hui un peu endormie, mais un touriste ne s’en plaint pas. La ville est sympathique, on s’y promène sans susciter aucune curiosité comme si on en faisait partie.

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Le musée pharmaceutique à Matanzas
Le musée pharmaceutique est un objet rare créé au 19e siècle et pratiquement inchangé depuis, tant dans son architecture que son mobilier, son aménagement intérieur, ses produits, instruments et contenants. Voyons ce qu’en raconte le Petit futé : « Officine fondée en 1882 par Ernest Triolet, praticien français, et Dolorès Figueroa, première pharmacienne du pays. Ce couple franco-cubain tenait là l’une des plus belles pharmacies du pays, qui fermera ses portes en 1963 et sera transformée en musée en 1964 ; l’un de leurs fils occupera le premier poste conservateur. » La nièce du fondateur sera la muse du poète Aragon, Elsa Triolet. La visite était guidée par une sympathique dame de cette ville qui, de manière assez sommaire, déclina l’histoire du lieu et décrivait les objets du lieu, sans plus.

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Le musée provincial avait aussi ce caractère étonnant d’un lieu figé, avec une muséographie d’un autre âge misant sur des objets vaguement regroupés dans des salles thématiques. Il semblait évident que ce musée avait été formé par des sociétés savantes comme on en connaissait dans toutes les colonies au 19e siècle, formée de colons ou de nationaux qui, selon leurs intérêts scientifiques collectionnaient des objets rares, des reliques historiques, des coquillages et autres spécimens de la faune locale, du mobilier ancien et même, le corps momifié naturellement d’une femme décédée de tuberculose (je crois) et inhumée dans un cimetière dont le sol l’aurait naturellement embaumée. Une très jeune et pimpante guide en uniforme blanc et rouge nous accompagnait. Elle avait mémorisé trois ou quatre informations qu’elle nous transmettait et dont il ne fallait pas la distraire. Une guide plus âgée vint prendre la relève, mais en dépit de sa gentillesse, nous servit aussi un propos très descriptif et sommaire.

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Tout de même, quelle chance d’être par ces guides en contact avec des « vrais » Cubains qui, sans hésiter, vous parleront de leur vie quotidienne, de leur famille, de la ville, un contact irremplaçable quand on veut connaître un pays de manière plus authentique. C’est peut-être ce qui restera imprimé le plus fortement dans la mémoire d’un visiteur.
Si cet aspect de la visite est sympathique, les musées et maisons historiques que j’ai visités à Cuba au cours de 8 ou 9 voyages de vacances, me laissent toujours un peu perplexe. Pourquoi une mise en valeur si ancienne, parfois si négligée, si peu communicative et attrayante ? Quel est le rôle de ces institutions depuis la Révolution? On comprend qu’il y a d’autres priorités. Pourtant, la communication muséale n’est pas seulement affaire d’argent et de technologie coûteuse. Des dizaines de milliers de touristes entrent dans ces musées qui pourraient être des moyens formidables de faire comprendre l’évolution de cette société, le caractère de ses habitants et faire changer le regard de colonisateurs candides que les touristes du nord portent trop souvent sur ce pays qu’ils connaissent mal. Les guides seraient une des clés de cette communication. La question reste ouverte.
En attendant, on peut lire les articles d’Anik Meunier et d’Alain Caron, de l’UQAM, qui collaborent avec ce pays dans le cadre de projets de mise en valeur et de médiation du patrimoine bâti. En ce domaine, les projets et idéaux cubains pourraient inspirer nos urbanistes intéressés par la mise en valeur des centres historiques au profit des populations qui les habitent et pas seulement de ceux qui auront les moyens d’y vivre après leur restauration.

http://teoros.revues.org/84#tocto1n5

 http://lasa.international.pitt.edu/members/congress-papers/lasa2009/files/MeunierAnik.pdf

 

Jean-François Leclerc

Muséologue

 

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