navigation

Muséologie cubaine et perplexité touristique 15 mars, 2011

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Cuba,Musées cubains,Tradition muséale , ajouter un commentaire

On ne va pas à Cuba pour ses musées, mais difficile pour un touriste de ne pas s’y retrouver au moins une fois, question de couper un peu le farniente du tout compris. Cette fois, le MUSEO FARMACÉUTICO et le MUSÉE PROVINCIAL DE MATANZAS. Matanzas est une petite ville dortoir (selon une cubaine de l’endroit), située entre Varadero (à quarante minutes) et La Havane. Autrefois favorisée par l’économie sucrière, elle est aujourd’hui un peu endormie, mais un touriste ne s’en plaint pas. La ville est sympathique, on s’y promène sans susciter aucune curiosité comme si on en faisait partie.

dscn8900.jpg 

Le musée pharmaceutique à Matanzas
Le musée pharmaceutique est un objet rare créé au 19e siècle et pratiquement inchangé depuis, tant dans son architecture que son mobilier, son aménagement intérieur, ses produits, instruments et contenants. Voyons ce qu’en raconte le Petit futé : « Officine fondée en 1882 par Ernest Triolet, praticien français, et Dolorès Figueroa, première pharmacienne du pays. Ce couple franco-cubain tenait là l’une des plus belles pharmacies du pays, qui fermera ses portes en 1963 et sera transformée en musée en 1964 ; l’un de leurs fils occupera le premier poste conservateur. » La nièce du fondateur sera la muse du poète Aragon, Elsa Triolet. La visite était guidée par une sympathique dame de cette ville qui, de manière assez sommaire, déclina l’histoire du lieu et décrivait les objets du lieu, sans plus.

dscn8950.jpg
Le musée provincial avait aussi ce caractère étonnant d’un lieu figé, avec une muséographie d’un autre âge misant sur des objets vaguement regroupés dans des salles thématiques. Il semblait évident que ce musée avait été formé par des sociétés savantes comme on en connaissait dans toutes les colonies au 19e siècle, formée de colons ou de nationaux qui, selon leurs intérêts scientifiques collectionnaient des objets rares, des reliques historiques, des coquillages et autres spécimens de la faune locale, du mobilier ancien et même, le corps momifié naturellement d’une femme décédée de tuberculose (je crois) et inhumée dans un cimetière dont le sol l’aurait naturellement embaumée. Une très jeune et pimpante guide en uniforme blanc et rouge nous accompagnait. Elle avait mémorisé trois ou quatre informations qu’elle nous transmettait et dont il ne fallait pas la distraire. Une guide plus âgée vint prendre la relève, mais en dépit de sa gentillesse, nous servit aussi un propos très descriptif et sommaire.

 dscn8953.jpg
Tout de même, quelle chance d’être par ces guides en contact avec des « vrais » Cubains qui, sans hésiter, vous parleront de leur vie quotidienne, de leur famille, de la ville, un contact irremplaçable quand on veut connaître un pays de manière plus authentique. C’est peut-être ce qui restera imprimé le plus fortement dans la mémoire d’un visiteur.
Si cet aspect de la visite est sympathique, les musées et maisons historiques que j’ai visités à Cuba au cours de 8 ou 9 voyages de vacances, me laissent toujours un peu perplexe. Pourquoi une mise en valeur si ancienne, parfois si négligée, si peu communicative et attrayante ? Quel est le rôle de ces institutions depuis la Révolution? On comprend qu’il y a d’autres priorités. Pourtant, la communication muséale n’est pas seulement affaire d’argent et de technologie coûteuse. Des dizaines de milliers de touristes entrent dans ces musées qui pourraient être des moyens formidables de faire comprendre l’évolution de cette société, le caractère de ses habitants et faire changer le regard de colonisateurs candides que les touristes du nord portent trop souvent sur ce pays qu’ils connaissent mal. Les guides seraient une des clés de cette communication. La question reste ouverte.
En attendant, on peut lire les articles d’Anik Meunier et d’Alain Caron, de l’UQAM, qui collaborent avec ce pays dans le cadre de projets de mise en valeur et de médiation du patrimoine bâti. En ce domaine, les projets et idéaux cubains pourraient inspirer nos urbanistes intéressés par la mise en valeur des centres historiques au profit des populations qui les habitent et pas seulement de ceux qui auront les moyens d’y vivre après leur restauration.

http://teoros.revues.org/84#tocto1n5

 http://lasa.international.pitt.edu/members/congress-papers/lasa2009/files/MeunierAnik.pdf

 

Jean-François Leclerc

Muséologue

 

Le faux portrait de Jeanne Mance ou les interprétations historiques au musée 7 mars, 2011

Posté par francolec dans : blogue muséologie,Histoire,Image au musée,Jeanne Mance,muséologie , ajouter un commentaire

 jeannemance.jpg

Aujourd’hui, la Ville de Montréal annonçait son intention de reconnaître le rôle de Jeanne Mance, une Française venue en 1642 aux côtés du soldat Maisonneuve pour fonder Ville-Marie, fort missionnaire à l’origine de Montréal.  À la télévision, on nous montra pour la représenter un portrait bien connu du personnage, à la mine soumise et éteinte, du genre vieille fille un peu coincée. Gravé au 19e siècle et tout à fait fantaisiste, ce portrait est en effet devenu officiel à force d’être repris.  Il est toujours étrange de constater combien l’image ancienne échappe souvent à la critique qu’on applique pourtant aux écrits et aux photographies contemporaines avec plus de rigueur.  Pourtant, toute image est porteuse d’un message qu’il serait bien de décoder (voir ce lien de la Bibliothèque et archives nationales à ce sujet.)

http://www.banq.qc.ca/ressources_en_ligne/branche_sur_notre_histoire/personnages/imagerie.html

Cette actualité commémorative me permet de faire une association télévisuelle peut-être un peu tirée par les cheveux, mais qui sert bien mon propos.  Allons-y. À Télé-Québec, la semaine dernière, le premier de la série documentaire Bienvenue dans le nano monde faisait état des recherches récentes en nanotechnologies, notamment celles portant sur le carbone, un élément fondamental de notre planète.  On y parlait notamment d’un microscope qui permet de voir la surface de la matière comme un fascinant arrimage de particules, ceci faisant permettant d’imaginer qu’un jour, les objets ne seront plus produits par l’assemblage de blocs de matière, mais atome par atome. Un des scientifiques fit cette observation: autrefois, la matière était représentée par des symboles (chimiques et autres) et des schémas.  Les images de l’infiniment petit obtenues par ces microscopes donnent des images saisissantes et plus proches de la réalité que celles des publications d’antan. Bien sûr, elles sont imparfaites comme toute représentation, comme le souligne le chercheur, et peuvent être parfois trompeuses.  Pourtant, disait-il, elles sont nécessaires.  En effet, selon lui, les chercheurs, comme tous les humains, ont besoin de ces représentations pour concevoir de nouvelles idées.

http://www.telequebec.tv/documentaire/documentaire.aspx?idCaseHoraire=102035182§ion=presentation

 dscn8674.jpg

L’exposition permanente du Centre d’histoire de Montréal

Le musée d’histoire agit aussi comme ce microscope, mais de manière beaucoup plus artisanale.  Il assemble des fragments de connaissances et de concepts historiques parfois complexes pour reconstituer le passé, le rendre perceptible et sensible. Pour y arriver, il tente de constituer un récit continu qu’il veut lisible et cohérent, à partir de textes, d’images et d’objets très divers disposés dans l’espace muséal. En cherchant à donner au visiteur l’impression d’un récit continu, malgré les contradictions et les trous de la recherche historique, le musée propose ce faisant, des interprétations de l’histoire qui ne sont pas toujours en concordance parfaite avec celles des historiens spécialistes sur lesquels il appuie son travail. Qui prend le temps de les décoder ? Rares pourtant sont ceux qui se sont penchés sur ces questions, sinon peut-être ici, Claude-Armand Piché, anciennement de Parcs-Canada.  Donc, appel à tous, chercheurs de toutes disciplines, la matière ne manque pas !

Jean-François Leclerc

Muséologue

Le musée, lieu d’histoire ou de mémoire ? 16 février, 2011

Posté par francolec dans : Non classé , ajouter un commentaire

 dscn8668.jpg

Un personnage-symbole controversé

au Centre d’histoire de Montréal: l’amiral Nelson

J’étais récemment invité par Yves Bergeron, muséologue bien connu dans le milieu et directeur du programme de muséologie à l’UQAM, à présenter quelques idées sur la relation entre le musée et l’histoire, devant des étudiants du cours Le musée et les pratiques du discours historique. Voici brièvement quelques aspects de mon propos à ce sujet. Pour ceux qui veulent approfondir cette relation entre l’histoire et la médiation culturelle dans une perspective québécoise, je suggère de consulter le superbe numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française de 2003 sous le titre :    L’histoire « publique » : un enjeu pour l’histoire (http://www.erudit.org/revue/haf/2003/v57/n1/index.html).  Un questionnement qui mériterait de pénétrer dans nos musées d’histoire. Je m’en sers dans les lignes qui suivent.

 

 Je suis historien et muséologue de formation.  Ces professions en apparence complémentaires font appel à des démarches et des logiques très différentes qui rendent leur conciliation plus difficile qu’il n’y paraît pour les profanes.  L’historien travaille avec un appareillage de type scientifique qui légitime sa démarche : hypothèse, territoire de recherche bien défini, examen attentif et critique des sources, système de références, exposition des thèses et hypothèses, débats et remises en question d’interprétations, publications pour ses pairs, validation par ses pairs etc. Il doit garder avec son objet d’étude une certaine distance. Au musée, si l’historien joue encore un rôle important, à certains moments, pour valider certains aspects de ce grand récit muséographié (le scénario, les textes surtout), c’est à titre accessoire. L’historienne Joanne Burgess écrit ainsi, dans le numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française cité plus haut, que l’historien en est souvent réduit « à un rôle d’évaluateur externe, intervenant en fin de parcours pour commenter ou corriger des visions du passé conçues et articulées par des professionnels sans véritable formation ou expertise en histoire. » 

Au musée d’histoire, c’est en effet le muséologue et le muséographe qui recréent l’histoire qu’on y raconte. Non pas qu’ils la trahissent, mais en la traduisant dans un langage multimédia, ils la transforment, ils y introduisent une multiplicité de sens, l’offrent à toutes sortes de lectures, lui impriment ses valeurs et sa vision du monde.  Leur travail consiste à mettre en scène l’histoire par ce grand récit qu’est l’exposition, de manière accessible, sensible et séduisante, qui suscite l’identification du visiteur: textes, images, objets, mobilier, espace, interactifs, multimédia etc. Le muséologue, même de formation historienne, doit donc maîtriser avant tout l’art du récit, comme le ferait un cinéaste ou un metteur en scène de théâtre. Il doit être capable de créer un univers de sens cohérent et enveloppant à partir de connaissances historiques disparates, fragmentées, pleines d’inconnues et de nuances, conçues dans un cadre scientifique tout autre et ce, sans pouvoir en exposer (par choix ou nécessité) les subtilités, les débats, les outils et les contradictions. 

 

Le musée d’histoire comme institution et média, est un lieu hybride où se rencontrent et se recomposent mémoire collective et histoire savante en s’amalgamant et se reconstruisant sans cesse, au gré des sensibilités de leur époque.  L’historien Jean-Claude Robert donne de la mémoire une description qui décrit bien à mon avis, ce qu’est l’exposition d’histoire : « un processus de construction sociale auquel participent un grand nombre de personnes, provenant d’horizons intellectuels différents, et qui mêle témoignages, souvenirs et analyses rétrospectives. » Création sociale, création polyphonique, le musée d’histoire et l’exposition d’histoire le sont. Il ne faut pas s’en cacher, ni s’en désoler, même si cela a trop souvent comme résultat, selon l’historienne, des expositions offrant aux visiteurs « des lectures simplistes, réconfortantes et parfois dépassées de l’histoire du Québec ». 

Que le musée d’histoire soit un lieu de mémoire et d’identité, autant que de connaissance, cela ne doit pas mettre en doute son sérieux ni le respect qu’il a de la discipline dont il se réclame. Cette fonction sociale lui donne aussi une partie de sa légitimité publique et assure sa pérennité, comme en témoigne sa popularité auprès des visiteurs de musée. Elle lui permettrait aussi, s’il le souhaite, de changer les perceptions de ses contemporains sur leur passé et leur identité collective. Pour y arriver, comme le fait l’historien, il doit parfois être capable de confronter la mémoire collective. Le « musée  d’histoire » qui se réclame de l’histoire professionnelle et en cherche sa caution, tout en étant un lieu de mémoire, se retrouve donc devant le même dilemme des historiens vulgarisateurs décrit par Jean-Claude Robert: «se fera-t-il le grand prêtre de la mémoire ou son critique ? ».   

Jean-François Leclerc

Muséologue 

Musées et écomusées: des passeurs de lumière 12 janvier, 2011

Posté par francolec dans : Ange Maurin,écomusée,Ecomusée français,La Roudoule,Musée de société , ajouter un commentaire

Les musées évoluent, les musées se transforment. Cela va de soi, on le sait, on ne le perçoit pas toujours car c’est le plus souvent en coulisse que se trame cette évolution qui, dans plusieurs cas, déterminera à moyen ou long terme le sort d’une institution. Créations issues d’un contexte et de besoins particuliers, tous les musées ne pourront passer à travers le temps, malgré la bonne volonté des uns et des autres et l’apparente quiétude du milieu muséal pour celui qui ne le fréquente pas.

 scannedimage.jpg

De ceci, en témoigne de manière très concrète et émouvante la publication Transmission, trans-missions. Écomusées et musées de société entre rupture et continuité, éditée par la Fédération des écomusées et des musées de société suite à leur 3 e rencontre professionnelle de 2006. Une délégation de gens d’écomusées français venus nous visiter à l’automne, me l’avait envoyée parmi d’autres écrits. J’en ai à peine commencé la lecture, et déjà je suis touché. De la France, nous connaissons évidemment les grandes institutions phares, les plus médiatisées, les incontournables touristiques. Mais bien peu connaissons-nous les plus petites, nées du travail de villageois, d’ouvriers et d’associations pour préserver la mémoire, le savoir-faire et les patrimoines de localités, d’entreprises et de régions. De ces expériences d’Outre-Atlantique, nous connaissons surtout ce qu’en disent les intellectuels qui ont ou formalisé les concepts. Cette publication nous livre les réflexions franches d’acteurs des musées de société ou écomusées en transition qui ne cachent pas leur malaise et leurs angoisses, vingt ou trente ans après avoir été fondés, alors que leurs fondateurs et les bénévoles qui les soutenaient se retirent, disparaissent, ou que leur mission ne semble plus en phase avec leur temps.

 

 maisonecomuseeoudoule.jpg

La maison de l’écomusée à Puget-Rostang. Voir http://www.roudoule.fr/

Il faut lire l’émouvant et pertinent témoignage d’Ange Maurin, président-fondateur de l’écomusée de la Roudoule dans les années 1960. Cet artisan né dans ce minuscule village montagnard en déclin du sud de la France, voulut le sauver de la disparition en fondant un écomusée soutenu notamment par des non résidants. L’écomusée fut un catalyseur, mobilisant plusieurs communes et stimulant une prise en mains locale. M. Maurin termine sa présentation bien sentie par des questions et un rêve : « Je me dis que les interrogations sont peut-être dues à mon âge ou à la nouvelle révolution qui est en marche, comparable pour moi – puissance 10 ou 100 – à l’arrivée du machinisme en 1848. Mais je reste optimiste car je crois que l’homme a la capacité, au bord du gouffre, de trouver toujours une solution de rechange. Mais la casse n’est pas prise en compte, car l’humanité est une, par l’individu. Or aujourd’hui, nous sommes surtout dans une civilisation d’individus. Passeurs de lumière, notre rôle demain ne serait-il pas, dans ce magnifique désert de notre zone de montagne, d’en faire une terre d’utopie où des hommes debout marcheraient, interrogeant passé et avenir, et du frottement et de la pureté de leurs intentions jailliraient des étincelles de lumière ? (…) car les écomusées comme les musées n’ont de sens que s’ils sont au service des hommes pour les aider à grandir, à comprendre pour agir. »

 

C’est peut-être ce qui est le plus beau dans le mouvement de la muséologie sociale et des écomusées avec leurs incertitudes, leur réussites et leurs rêves déçus, leurs difficultés, d’oser proposer une vision autre, une utopie pour mobiliser et changer, un tout petit peu, le monde, dans l’univers techniciste à la recherche d’efficacité et de performance de plusieurs musées actuels. C’est ce que je dis souvent à Pierre Mayrand, écomuséologue québécois pionnier, reconnu par le prix Carrière de la Société des musées québécois en 2010 : tu es une sorte de poète de la muséologie, tu oses parler un autre langage, plus imagé, plus prophétique même, plus déroutant, que celui de l’heure. Efficace ? Pas toujours. Enraciné ? Dans l’expérience d’une vie. Inspirant ? Oui, comme on aspire un grand coup d’air salin sur le bord de la mer, pour retrouver son courage et son goût de rêver. Laissons parler M. Maurin, d’une manière qui peut paraître à la limite d’une lapalissade, et pourtant combien juste : « l’utopie, c’est quelque chose de réalisable qui n’a pas encore été réalisé, alors, allons-y ! ». Oui, allons-y !

 

Jean-François Leclerc

Muséologue

L’histoire locale: pour que notre existence n’ait pas été vaine 25 décembre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'histoire de Montréal,Histoire locale,mémoire,Parc-Extension , ajouter un commentaire

Le Centre d’histoire de Montréal organisait à la mi-décembre, l’atelier Raconte-moi ton Parc-Extension pour le quartier du même nom qui célèbre son 100e anniversaire en 2010-2011.

.atelierparcex.jpg atelierparcex2.jpg

Ce quartier montréalais fut développé à partir de 1907 par des promoteurs immobiliers pour attirer les familles ouvrières au nord de Montréal.  D’abord habité par des immigrants britanniques et d’Europe de l’est, et quelques canadiens-français, il vit arriver après la Deuxième guerre mondiale des immigrants d’Europe du sud, en particulier de Grèce, qui seront remplacés peu à peu par des résidants du sous-continent indien.  Cet atelier était destiné à initier les citoyens aux diverses manières de communiquer leurs connaissances et leur expérience du quartier : entrevues avec des proches et voisins, scrapbook, ligne de temps personnelle, vidéo etc.  Des résidants anciens et récents de diverses conditions et langues s’y sont retrouvés avec plaisir pour travailler à une ligne de temps où leur perception de leur histoire personnelle venait s’insérer dans celle des moments clés de l’histoire du quartier. 

 On peut déjà faire quelques observations. Dans un quartier relativement tranquille, la mémoire des résidants  se cristallise souvent autour des moments de changement personnels importants : arrivée, débuts de l’installation et de la découverte du quartier.  Pour le reste, la vie familiale et le quotidien prennent le dessus et tendent à dissoudre la mémoire des événements dans la routine métro-boulot-dodo: difficile d’en démêler l’écheveau sans ces échanges soutenus de l’atelier et la stimulation par des dates, des images tirées des archives et des questions bien ciblées.  Autrefois, et encore maintenant dans plusieurs cas, la vie de quartier est vécue plus intensément au quotidien par les femmes (du moins aux époques où elles étaient plus à la maison). Cette quête de témoignages est d’autant plus importante qu’autrefois, dans les quartiers ouvriers, peu de gens avaient des appareils photos ou des caméras pour capter leur vie de quartier, comme le soulignait un participant.  

 http://www.histoireparcextension.org/photos 

Aux historiens ou muséologues travaillant sur de grands territoires, des sociétés et des phénomènes collectifs, les recherches des sociétés historiques locales peuvent paraître un peu refermées sur elles-mêmes, avec le seul souci d’accumuler des données, de colliger des faits, des dates et des noms.  Si cette vision caricaturale et un peu hautaine rejoint parfois la réalité, elle méconnaît certainement le sens profond de ces actes patients qui construisent l’histoire locale par brindilles et grains de sable et explorent à la loupe l’évolution d’un territoire ou d’une communauté.  Les musées aux thématiques et territoires plus vastes s’en font rarement l’écho parce que cette histoire risque de n’intéresser que quelques résidants d’un quartier ou d’un village, à moins qu’elle ne touche un lieu devenu emblématique pour tous les Montréalais d’une époque, comme un rue commerçante ou un lieu de culture populaire.   Pourquoi alors accumuler dans le grand sablier déjà encombré de l’histoire ces micro-grains de sables ?  Une ex-résidante du quartier, membre de la Société historique, eut cette réponse éclairante (que je paraphrase): « Ma famille a longtemps vécu ici, j’ai depuis déménagé. Je veux par ce travail donner un sens à notre passage dans ce quartier, je veux prouver que nos vies n’ont pas été inutiles. » Donner un sens à l’existence des peuples, des communautés, des individus si modestes soient-ils, c’est certainement ce qui, profondément, motive la plupart de ceux qui travaillent à dénicher et à comprendre la grande comme à la petite histoire.   

Au-delà du besoin de connaître, c’est ce qui rend ce travail si émouvant et digne de respect.

Jean-François Leclerc

Muséologue

Aqua au Musée de la civilisation de Québec ou l’auteur masqué 21 novembre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Aqua,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,Multimédia,Musée de la civilisation,muséologie,One Drop , ajouter un commentaire

Le musée élabore par ses expositions et ses activités sa propre vision de notre monde. Il fait des choix thématiques, esthétiques et éditoriaux en tenant compte des contraintes matérielles qui ont aussi un impact sur son propos. D’une exposition à l’autre, il écrit un récit, le sien, et celui de la collectivité qu’il dessert, comme tout créateur, cinéaste, metteur en scène média. Mais rarement signe-t-il ouvertement ses créations ou du moins, expose-t-il ses valeurs et ses partis-pris. Candidement, il laisse croire que, par son entremise, le visiteur aura un accès direct et non médiatisé à la connaissance. Or la réalité est plus complexe et subtile.

 aquabannerfr.jpg

Source:  http://www.onedrop.org/fr/projects/projects-overview/AquaNorthProject/Aqua/Touring.aspx

Il y a quelque jours, au Musée de la civilisation de Québec, j’ai assisté au spectacle  AQUA : un voyage au cœur de l’eau dont « les projections à 360 degrés, la musique, les effets visuels et les installations d’eau – l’eau est entièrement recyclée – les transportent dans une aventure où ils sont à la fois acteurs et spectateurs », comme le mentionne le site du musée. Même si le sujet ne m’attirait pas particulièrement (que peut-on encore apprendre sur l’eau après 40 ans de combats écologiques), je serais un visiteur curieux disposé à être émerveillé et touché.

 aqua.jpg

 Source: http://www.carrefourdequebec.com

Le spectacle qu’on promettait immersif l’était effectivement, mais modestement en terme d’expérience et de technique. L’interactivité se résumait à porter une goutte de plastique lumineuse qui s’allumait ou s’éteignait au gré du récit (une bonne idée mais la goutte devenait un peu encombrante et inutile une fois le spectacle commencé). À un moment, la guide nous invitait aussi à glisser nos mains sur l’écran 360 degrés pour créer des vagues virtuelles (me reste un doute sur l’effet réel de nos agitations, puisque l’animation semblait déjà bien programmée). Un faux puits placé au centre de la salle laissait couler de l’eau, bien réelle celle-là, au rythme de la projection. Une narration bilingue, quelques titres, mots-clés et statistiques évoquaient l’accès de plus en plus difficile à l’eau dans bien des coins de la planète. 

 aqua2.jpg

Source: http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/May2009/13/c3577.html

Au cœur de l’espace circulaire, nous étions plongés, c’est le cas de la dire, dans une succession d’images numériques d’eau en mouvement – au-dessus, en-dessous, dans les profondeurs, eau placide, troublée, agitée… Cette eau virtuelle était si pure, si bleue qu’on n’y trouvait pas trace des impuretés organiques de nos eaux trop terrestres. Cette image idéalisée se muait parfois en cloaque gris et brunâtre, tout aussi univoque, pour dramatiser les mises en garde sur la rareté de la ressource. Des silhouettes d’enfants s’évanouissaient les unes après les autres dans un nuage de fumée, illustrant l’impact dramatique de la pollution humaine et industrielle sur la mortalité infantile. 

Au cours du spectacle d’environ 20 minutes, je fus effectivement immergé, comme l’annonçait le musée, dans un sentiment de…vide! Cette production léchée aux messages convenus avait toute l’allure d’une publicité humanitaire.  Elle tranchait avec le souci habituel du musée de la civilisation d’expliquer, de débattre et de comprendre. Mon malaise n’était pas seulement une question d’humeur du jour. Le discret panneau de crédits le confirma : le spectacle était une production de la Fondation One Drop de Guy Laliberté, du Cirque du Soleil. Ce spectacle numérique présentait le même caractère universel, poétiquement apolitique, léché visuellement et neutralisé que l’esthétique du célèbre cirque. La Fondation One Drop avait assumé pleinement son message et sa manière de le transmettre. J’aurais aimé que le Musée l’annonce de manière plus…limpide.

Jean-François Leclerc

Muséologue

Un certain art contemporain : contestataire ou séducteur ? 28 octobre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",blogue exposition,blogue muséologie,expérience expositions,Musée d'art contemporain,Prix Sobey , ajouter un commentaire

J’aime l’art de notre époque parce qu’il est de notre époque et ouvre nos sens et nos perceptions. Je fréquente le Musée d’art contemporain de Montréal, notamment ces fameux mercredi soir des portes ouvertes qui voient des centaines de jeunes et moins jeunes déambuler dans ses salles.

Mais là où un certain art actuel m’énerve souvent (le blogue est le lieu idéal pour exprimer ce genre d’énervement!), c’est dans sa prétention à contester le monde et ses apparences, à transgresser les codes, à dénoncer, à déstabiliser, à renverser, à douter, à jouer sur les codes, les interroger, à être irrévérencieux et tant d’autre termes qu’on retrouve inévitablement dans les catalogues qui accompagnent de nombreuses œuvres de ce type. La visite des expositions du Musée d’art contemporain autour des prix Sobey a provoqué chez moi le même sentiment. Je ne parle pas en spécialiste que je ne suis pas, ni en connaisseur des démarches artistiques patientes qu’une œuvre ne peut rendre à elle seule, mais en amateur intéressé, ayant quelques notions d’histoire de l’art et parfois éclairé, surtout, en visiteur que l’on invite à découvrir des œuvres, à lire et à voir ce qu’on en dit et qui peut donc dire ce qu’il en perçoit. Expliquons-nous.

sobey.jpg 

Première constatation : les thèmes à la mode. Il est toujours étonnant de constater que nombre d’artistes, lorsqu’ils épousent des causes, choisissent judicieusement les plus connues, les plus universellement identifiables et donc, les plus susceptibles (comme la langue anglaise) de traverser les continents et d’être comprises par le public et les collectionneurs: colonialisme , impérialisme, libération ou exploitation sexuelle, détournement commercial de la culture, déclin de l’homme et de l’humanité , écologie, violence faite aux minorités, aux femmes, capitalisme sauvage……. C’était le cas de la plupart des œuvres présentées au MACM, du moins s’il faut en croire les descriptifs du catalogue. Étrangement, leurs questionnements à prétention universelle se présentaient dans l’exposition sous des formes très léchées, propres, attrayantes par leurs bricolages audio-visuels inspirés de la créativité mécanique ou interactive des patenteux ou des inventeurs (le piano de Bernatchez, les rétroprojecteurs de Barrow) , dégageant le charme décoratif dont sont capables l’artisan, le décorateur et l’étalagiste (les céramiques classico-manga de Tang, les period room de Tam, les scènes naturalo-rupestres de Fernandes), ou brillant de l’intelligence toute spirituelle et la grande culture du beau parleur (l’arbre à la scie mécanique de BGL, les historiquement artistiques Bourgeois de Calais de Hannah). Luxe, calme et volupté… visuellement sensés nous ouvrir l’esprit et le sens critique. Tout ceci dans un pur écrin muséal qui transforme si souvent les cris artistiques les plus intenses en chuchotements de salon.

 mactam.jpg expotamhannahbgl.jpg macbgl.jpg

Karen Tam, Adad Hannah, BGL,      http://www.macm.org/fr/expositions/88.html

La contradiction entre le médium et le message m’est apparue on ne peut plus évidente lorsque j’osai toucher une note du piano de l’installation de Bernatchez Goldberg Experience Ghosts Chorus . Ce piano branché à une quincaillerie en inox semblait pourtant attendre que les visiteurs lui impulsent une vibration pour que la machine artistique la transforme aussitôt en une troublante sonorité.

 bernatchez.jpg

 http://www.patrickbernatchez.com/project_GEGC.html

Un son sourd sortit effectivement du piano mais aussitôt, un autre plus audible de la bouche de l’agent de sécurité : « Ne touchez pas ! ». Involontairement, l’agent venait de confirmer mon intuition : malgré ce qu’en disait le catalogue, on m’avait invité moins à réfléchir qu’à être passivement séduit.

Jean-François Leclerc

Audio-visuel et objets : une compétition gagnée d’avance ? 27 octobre, 2010

Posté par francolec dans : Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Commentaires expositions,expérience expositions,exposition,Musée de la civilisation,muséologie,Objets,opinions exposition,Riff , ajouter un commentaire

Au retour de la ville de Québec, où j’étais il y a une semaine pour un congrès de la Société des musées québécois. J’ai récolté des observations qui m’ont inspiré quelques réflexions, que je livrerai dans les prochains jours.

 dscn8288.jpg

Mais commençons par le thème principal de notre blogue : l’exposition. Le Musée de la civilisation présente depuis quelques mois et jusqu’au 13 mars 2011, l’exposition RIFF. Quand l’Afrique fait vibrer les Amériques, une expérience audio-visuelle intéressante et riche en contenu musical et en objets. Le thème se prête à l’exploration de musiques les plus diverses, des percussions africaines au rock québécois. Une fois les écouteurs bien installés sur les oreilles grâce aux consignes de gentilles bénévoles de Québec, la musique nous amène à travers l’histoire des courants musicaux issus des rythmes et musiques introduites dans les Amériques par les populations déplacées par le commerce des esclaves.

http://www.mcq.org/riff/#/apropos/

J’ai visité l’exposition avec Karen Worcman, fondatrice du Museu da pessoa, de Sao Paulo. Un superbe documentaire projeté sur plusieurs écrans introduit l’exposition. Très bien monté et captivant.  Trop captivant ! En une bonne quinzaine de minutes et plus, tout était nommé, montré, dit, archives visuelles et sonores en abondances pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Un autre espace au look de lounge psychédélique rétro nous servait sur écran des concerts et prestations musicales en quantité. Une fois terminé, nous quittions les confortables espaces de projection à regret, pour continuer la visite. Des grandes vitrines présentaient, avec accompagnement musical, des instruments fétiches ou des reliques vestimentaires de vedettes de divers courants musicaux tels Michael Jackson et Elvis Presley, mais aussi des stars d’ici comme Jerry Boulet. L’impact ? Par comparaison avec les images en mouvement qui précédaient, si captivantes pour tout être humain un peu normal, les objets semblaient morts, vidés de leur sens, ne servant plus qu’à attester l’existence de leurs propriétaires dans le monde matériel. Pour celui qui n’est pas un fan ému de voir des reliques, ces objets bien disposés, sagement et respectueusement disposés, semblaient ne plus avoir rien à nous raconter, rien de plus du moins.

 riff1.jpg

Pourquoi ? Il y a évidemment l’intérêt mitigé de celui qui écrit pour les objets en soi. Mais néanmoins, comme il en faut plus pour me convaincre, j’aurais aimé que les objets contribuent à mon plaisir autant que le reste. J’ai eu l’impression qu’une fois de plus, dans la mise en scène de l’objet par l’audio-visuel, c’était encore le second qui l’avait emporté sur le premier. Dommage. Existe-il une forme de médiation qui aurait permis de sortir ces objets fétiches, rarement rassemblés, de leur écorce mortifère et de leur rendre la vie et la parole, ou du moins, comme le promettait le musée, de nous faire traverser « temps et culture à travers (ces) divers véhicules » ?  Une captivante et riche exposition qui sur ce plan, laisse croire que ce défi demeure entier.

Jean-François Leclerc

“Gros, très gros” ? L’avenir de la muséologie québécoise 9 octobre, 2010

Posté par francolec dans : blogue exposition,blogue muséologie,Expo 67,Exposition,Exposition d'histoire,muséologie,Museologie québécoise,X3 , ajouter un commentaire

 logox3prod.gif

Un article de La Presse nous signalait mercredi dernier, la création d’un nouveau consortium muséologique sous le nom de X3 formé de grands joueurs de divers milieux créatifs que sont gsmproject, l’Équipe Spectra et la firme de communications Bleublancrouge.

http://www.cyberpresse.ca/arts/arts-visuels/201010/06/01-4329936-x3-veut-redefinir-lexperience-museale.php

Ils ont bien compris que le musée média est en pleine expansion, pour ne pas dire explosion, dans de nombreux continents où une conjugaison historique des moyens et des ambitions convainquent les grands de ce monde que le musée-média, le musée-branding est pour une ville, un état ou un pays une marque de modernité incontournable.

Les Québécois ont apporté à la muséologie mondiale des innovations et une créativité qui ont inspiré la muséologie européenne et mondiale.  Quelques firmes comme GSM en ont été les artisans avant de proposer leur expertise à l’international. Pour elles, l’avenir passe par le développement de marchés comme la Chine notamment où le rattrapage en culture comme dans d’autres domaines est fulgurant.

J’ai souvent regretté que la muséologie québécoise depuis quelques années semble faire du surplace, surtout dans le monde des musées qui mettent en valeur civilisations, sociétés, histoire et patrimoine, et qui par conséquent, doivent présenter une muséographie plus élaborée que les musées d’art et de collections. La qualité est partout présente et pour certaines expositions, l’originalité encore au rendez-vous, mais on doit constater la rareté des créations muséologiques marquantes.  Difficile de réinventer complètement l’exposition (allez voir les photos de certaines expositions d’Expo 67 pour vous en convaincre), mais cette tranquillité serait-elle le signe annonciateur d’un refroidissement de notre monde muséal alors que la planète semble s’éclater ? Tout est relatif, je l’admets, car bien des visiteurs d’ailleurs ne manquent pas d’apprécier notre ingéniosité par comparaison au classicisme qui marque encore nombre d’institutions muséales.  Ce qui ne m’empêche pas de vouloir plus.

 pavillondestatsunis1967.jpg

Pavillon des États-Unis à Expo 67

 Que promet la nouvelle compagnie  sur son site ? Elle veut « inciter le plus de gens possible à entrer dans les musées », « des expositions innovatrices ayant un contenu éducatif de haute qualité, un contenu qui sublime l’expérience du musée en faisant la part belle aux nouvelles technologies et à l’interactivité. » Ses valeurs : «le meilleur contenu scientifique et muséologique qui soit », «encourager l’apprentissage, plus particulièrement celui des jeunes », « favoriser la participation du public », «rendre l’expérience mémorable, touchante et divertissante », «créer une identité de marque et une stratégie de marketing d’envergure internationale.» 

  espacemontral.png Un des projets de GSM Project

Pour celui qui ne connaît pas les coulisses du monde muséal, voilà effectivement un engagement qui semble innovateur. Pourtant, au Québec, depuis plus de trente ans, si on tient compte de la petite révolution des centres d’interprétation des années 1970 et 1980, les musées petits et grands partagent tous ces préoccupations à divers degrés : innovation, branding, meilleur contenu qui soit, expérience « mémorable, touchante et divertissante ». Alors, comment  les intentions, la créativité et le travail en ce sens de nombreux musées peut-il produire cet apparent ronron de notre muséologie ? Risquons d’identifier certains facteurs défavorables: hormis quelques institutions nationales,  une majorité des institutions muséales de taille très modeste ; le manque de regard critique sur l’art muséographique, l’absence de spécialistes qui se commettent à commenter non seulement le thème des expositions mais aussi, leurs concepts, leur approche, leur manière de communiquer, en particulier pour les expositions d’histoire et de civilisation, contrairement à ce qui se passe dans tous les autres domaines de la culture, en art contemporain, en musique, en danse etc. ; le chevauchement des missions et des champs thématiques particulièrement à Montréal, un phénomène bon pour le public mais beaucoup moins pour le positionnement des institutions; le peu d’écrits par les muséologues eux-mêmes, universitaires ou praticiens, sur leurs pratiques et leur métier ; un milieu qui tend à être consensuel ; le souhait des gouvernements de plaire au plus grand nombre en évitant de faire des choix structurants, bien que les deniers des contribuables soutiennent de manière importante les dépenses d’immobilisation lors de constructions ou de rénovation de même que le renouvellement des expositions permanentes. L’esprit créatif québécois est bien vivant, notre passé de patenteux étant on ne peut plus propice aux arts et métiers muséologiques qui demandent d’allier chaque jour, imagination et sens pratique. Ce trait culturel est trop profond pour s’éteindre. Pourtant, une donnée évidente et fondamentale demeure : pour rester en tête, pour marquer son époque à l’ère d’internet et du multimédia, du Cirque du soleil et autres méga-attractions, une institution muséale, en tant que créateur contemporain, a absolument besoin d’argent et de ressources humaines compétentes et payées à la hauteur de son apport.

 X3 promet « gros, très gros » dit l’article. Pourtant, la muséologie québécoise depuis des lunes travaille avec des petits budgets, des petites équipes, des petits projets, dans des petites et moyennes institutions. Si l’innovation passe par le gros, le spectaculaire, le multimédia avec sa coûteuse technologie, il est presque certain que le Québec n’y participera pas ou peu. Au mieux, il mimera à postériori les réussites de ses créatifs travaillant à l’étranger au service de la muséologie mondiale. Mais consolons-nous : l’alliance de firmes vedette dans x3, dont deux ne sont pas issues du monde de la muséologie, nous laisse croire que certains ont compris que nous sommes à un tournant. On verra si c’était le bon.  Jean-François Leclerc 

Muséologue 

Montréal et la mode ou le défi des expositions dans des lieux inhabituels – la signalisation 6 octobre, 2010

Posté par francolec dans : "expo quand tu nous tiens",Arts visuels,blogue exposition,blogue muséologie,Centre d'exposition Eaton,Commentaires expositions,expérience expositions,Exposition,Histoire de la mode,Mode,musée,Musée du costume,muséologie,opinions exposition , 1 commentaire

Nouvelle expérience d’exposition dans une galerie marchande.  Le hasard ou la nature du sujet lui-même, ont voulu que cette exposition soit présentée par le Musée du costume et du textile du Québec.  Le « Musée sort ses griffes » joli jeu de mots sur les pièces signées qui exprime aussi, j’imagine, la volonté de ce musée confiné dans une maison historique de Saint-Lambert sur la rive sud de Montréal, de sortir de ses murs et de…ses gonds.

 expomodeeaton22.jpg expomodeeaton212.jpg  expomodeeaton9.jpg

Le musée hors ses murs, voilà un défi stimulant comme je l’ai mentionné précédemment. L’exposition du Centre Eaton met en évidence par ses excès, peut-être, ce que celle à la place Ville-Marie faisait pas défaut, soit l’importance de se faire remarquer lorsque le lieu d’exposition est un espace surchargé de stimuli commerciaux et de déambulations pressées.  Le moyen?  Une signalisation qui joue non pas sur le dépouillement et le raffinement comme on pourrait s’attendre d’un sujet comme la mode des grands couturiers québécois, mais sur la saturation des signes, des couleurs, des mots.  De la porte aux allées, jusqu’aux colonnes, pas possible de la manquer.  Elle frappe fort, très fort. 

expomodeeaton20.jpg  expomodeeaton17.jpgexpomodeeaton181.jpg

Elle tapisse l’entrée, couvre une partie du sol, on la foule en montant les escaliers…L’exposition quant à elle prend place dans de belles vitrines, les vêtements sont installés élégamment, cela va de soit pour une exposition sur la mode, et dans certains cas, accompagnés de clips vidéos où les concepteurs de mode parlent de leur métier et de leurs créations. Chic et de bon goût, bien fait. 

  expomodeeaton7.jpg  expomodeeaton16.jpg expomodeeaton3.jpg expomodeeaton2.jpg

Est-ce que le public s’arrête ?  Lors de mon passage (un peu rapide, je l’avoue, une vingtaine de minutes), j’étais le seul à le faire. Comme tel, je me permettrai donc une opinion toute aussi solitaire en supposant qu’elle peut ressembler à celle d’autres visiteurs. La signalisation de l’exposition était finalement plus exubérante que l’exposition elle-même. Son graphisme multicolore et survolté avait peut-être le défaut de noyer le message de mots et de signes difficiles à décoder dans l’abondance de ceux qui encombrent les galeries marchandes. De plus, il manquait peut-être, comme je l’ai déjà signalé, un atout important pour nous orienter efficacement: une présence bien humaine pour nous accueillir, nous informer.

  expomodeeaton4.jpgexpomodeeaton19.jpg

 Après avoir franchi les portes du Centre Eaton sur la rue Sainte-Catherine, et avoir suivi pendant quelques mètres la signalisation sur le sol et sur les colonnes, je n’avais pu après quelques minutes trouver le début de l’exposition.  Que devais-je chercher ? Des panneaux ? Des vitrines ? Un lieu où serait concentré le mobilier d’exposition ? Des modules dispersés ? Sur laquelle des trois ou quatre mezzanines ? Perplexe, je revins sur mes pas pour aller au comptoir d’information.  « Madame, pardon, je cherche l’exposition ».  « Quelle exposition », me répondit-elle sans sourire. Je lui montrai la grande bannière qui surplombait sa tête.  « Ha.  Elle est plus loin, un peu partout. ». Sans plus. Mon intérêt pour l’exposition venait de diminuer et ce, malgré toutes les couleurs et tous les signes qui, sur mon chemin, avaient tenté de me convaincre. 

Jean-François Leclerc

Muséologue

expomodeeaton.jpg

123456

L'Art enfante Un® |
Agricola... Aquarelles en ... |
"d'Une Rive à l'Autre" 23 e... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Marianne Leuba Willemin, le...
| Graphiste & Illustratri...
| LA PETITE GALERIE